Dimanche 6 décembre 2015 - 2e dimanche de l’Avent, Année C

Le nez toujours dans le guidon, ce n’est pas vivable.

Baruc 5,1-9 - Psaume 125,1-6 - Philippiens 1,4-6.8-11 - Luc 3,1-6
dimanche 6 décembre 2015.
 

Le travail, les fêtes et les nuits courtes, work, after work et dodo, et puis ça recommence. Trop tôt évidemment : il ne reste plus que le dimanche pour prendre un peu de distance. Et encore, le dimanche soir seulement si l’on n’a pas vu le jour jusque-là à cause des fièvres du samedi soir suivies de nuits bien blanches et de petits matins anéantis. Et voilà qu’aujourd’hui la messe nous replonge dans le chantier !

Raser les montagnes et combler les vallées, le programme est pharaonique. Même nos modernes autoroutes tracées à coups de terrassements formidables ne sauraient justifier une description si ronflante, sauf à invoquer la « vision d’artiste » ! C’est bien un tel regard poétique que portent les prophètes sur un événement qui ne fut pas si grandiose à vues humaines : le retour des exilés de Babylone. Mais la pénétration spirituelle y discerne une signification théologique à la portée immense : la venue de Dieu lui-même avec son peuple.

Bien sûr, la méditation chrétienne reconnait dans l’incarnation du Fils unique, et plus encore dans son avènement glorieux à la fin des temps, la réalisation de cette prophétie. Mais elle y perçoit aussi une allusion à ce qui doit se passer au cœur de chaque fidèle afin que le Seigneur puisse venir y faire sa demeure. Ainsi nous comprenons les travaux en question comme une métaphore : les montagnes à abaisser sont celles de nos orgueils et les vallées à combler, les abîmes de nos faiblesses.

Mais, les termes de la comparaison sont alors peu indiqués : « montagnes », c’est trop de prétention pour nos orgueils qui ne sont que taupinières - certes, obstacles suffisants à l’entrée de nos cœurs étroits ! - ; et les « vallées » pour nos faiblesses, la mesure de nos êtres chétifs devrait les ramener à de plus justes proportions. Bien sûr, si nous élargissons le propos à l’Église entière au-delà de nos petits égos, l’emphase se justifie davantage. C’est un sacré chantier, en effet, que la réforme nécessaire des institutions ecclésiastiques, et le pape en sait quelque chose.

Pourtant, ne nous y trompons pas : le propos des textes d’aujourd’hui n’est pas de nous renvoyer au travail mais de tourner notre regard vers l’œuvre que Dieu lui-même accomplit. Car c’est son action qui nous purifie et nous fortifie. Du moins si nous le laissons venir, si nous ne nous y opposons pas en gardant le regard obstinément fixé sur tout ce qui nous occupe si bien à longueur de journées dans le souci et la distraction.

Alors, entendons l’injonction de Baruc : « Lève les yeux et vois ! » Si je suis enfoncé jusqu’au cou dans la pression du quotidien et la mêlée de mes combats contre les autres et avec moi-même, j’envoie un petit périscope percer le couvercle de l’existence et jeter un coup d’œil à ce qui vient au terme de l’histoire en s’approchant déjà de ceux qui l’espèrent. C’est le Seigneur ! Et sa lumière si douce et si claire me fait lever tout entier, jusqu’à m’envelopper comme du manteau de sa justice. Et voilà que je resplendis en Jérusalem de cette parure de la gloire de Dieu sous laquelle disparaît la rude toison de mes péchés dont je me désolais à l’instant.

C’est la grâce de l’Avent, frères et sœurs : ne passons pas à côté, sinon nous manquerions la joie de Noël en la noyant sous le fardeau des soucis et des plaisirs ordinaires portés au paroxysme par la fièvre acheteuse et noceuse des « fêtes de fin d’année ». Levons la tête, mes amis, et tenons-nous sur la hauteur des paroles de vie à nous transmises aujourd’hui : alors nous pourrons accueillir pour de bon celui qui vient combler les attentes profondes de toute notre humanité.