Dimanche 13 décembre 2015 - 3e dimanche de l’Avent, Année C

Je n’ai plus besoin d’arme, j’ai ma clarinette.

Sophonie 3,14-18a - Cantique Isaïe 12,2.4-6 - Philippiens 4,4-7 - Luc 3,10-18
dimanche 13 décembre 2015.
 

Avait-il conscience, ce jeune ex-gangster balafré, d’accomplir à sa façon la prophétie de Michée : « de leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles » ? Martha Argerich commente ainsi sa rencontre avec l’Orchestre symphonique des jeunes du Venezuela Simon Bolivar : « Ils veulent être quelqu’un, c’est normal, non ? Tout le monde veut devenir quelqu’un, n’est-ce pas, et mieux vaut pour cela jouer de la musique ensemble que de s’entretuer. »

Bien sûr, cette anecdote, rapportée par Frédéric Lodéon dans son émission de l’après-midi sur France Musique, résonne avec l’actualité. Qu’offre la société en fait de chemins pour devenir quelqu’un à tant de jeunes abandonnés à la rue, dans notre pays comme sur d’autres continents ? Les marchands de cauchemar trouvent trop de proies faciles dans nos banlieues pour leurs projets d’horreur. Combien choisiraient une autre voie s’ils étaient accueillis dans des « orchestres symphoniques » dignes de leur humanité : familles, écoles, entreprises, associations, religions pour de bon ? Les parents le savent bien, pour que tous soient heureux ensemble, il faut donner à chacun sa place propre dans le « concert » du groupe. C’est pourquoi il est nécessaire de multiplier ce que nous pourrions appeler les lieux coopératifs de l’auto-affirmation, afin d’éviter que les laissés pour compte ne la cherchent dans la violence anti sociale.

En particulier, tous devraient trouver leur place dans les fêtes heureuses où se forge et se célèbre la cohésion populaire. Et pas seulement dans cette « fête » indistincte que certains invoquent aujourd’hui comme le nec plus ultra de notre civilisation et qui n’est souvent qu’une façon ordinaire de s’étourdir dans des plaisirs faciles. « La fête » en général n’a rien de mal, mais il est absurde d’en faire un idéal. Elle prend une autre dimension quand elle commémore un événement fondateur de la solidarité sociale de tous ceux qui y participent. Dans cette fonction, elle est même nécessaire, et nous devons nous interroger : quelles sont pour nous aujourd’hui les célébrations dont se construit et tire sa cohésion notre corps social ? Quand la Parole de ce dimanche nous invite avec insistance à nous réjouir, elle nous rappelle ce sens de la fête qui est fondateur de notre humanité, et donc aussi de notre « ecclésialité ».

Israël n’a pas marché sur les chemins de l’Alliance sans la structure des trois fêtes principales, la Pâque, la Pentecôte et les Tentes, auxquelles se sont jointes quelques célébrations complémentaires. L’Église a repris pour l’essentiel ce cadencement de l’année liturgique et l’a enrichi considérablement. En particulier, la fête de la nativité de Jésus, Noël, est venue se fixer au solstice d’hiver afin de signifier que la naissance du Christ fut le commencement du salut pour tous, la venue de la Lumière en ce monde pour en dissiper les ténèbres.

Alors, que penser de la situation actuelle où « les fêtes de fin d’année » ne semblent plus correspondre à rien ? Faut-il vitupérer nos contemporains qui en prennent simplement prétexte à excès de mangeaille et de ripaille ? Au moins partageons-nous une sorte de mot d’ordre qui nous appelle à célébrer la famille, les amis et la paix. C’est déjà ça. En fait, les hommes n’ont jamais rien trouvé de mieux pour « faire la fête » que de manger et boire de bonnes choses en abondance. Ne soyons donc pas rabat-joie. Mettons en œuvre la Miséricorde, puisque le pape nous invite à entrer dans une année jubilaire de cette divine qualité de cœur. Le Christ ne vient-il pas pour les ignorants et les pécheurs ? Si nous gardons pour nous notre petite lumière en méprisant ceux du dehors, c’est nous qui rendons petite la Lumière et nous l’étouffons. Tâchons donc d’autant plus de répandre autour de nous la bonne nouvelle de la naissance du Sauveur du monde.

Et n’oublions pas la musique ni les chants, car ils font partie des « fondamentaux » humains de la fête. Là encore, il est vrai, la qualité des pièces peut varier du meilleur au pire. Essayons de promouvoir le meilleur, mais sans nous couper de ceux qui sont loin. Rappelons-nous que les périphéries attendent de nous la Parole qui rejoint le cœur de tout homme pour le désarmer et l’établir dans l’amour. Et que chacun est attendu dans le grand orchestre symphonique des anges musiciens qui jouera et chantera la louange du Dieu sauveur aux siècles des siècles.