Dimanche 20 décembre 2015 - 4e dimanche de l’Avent, Année C

Et vous, qu’attendrez-vous pour mourir ?

Michée 5,1-4a - Psaume 79,2-3.15-16.18-19 - Hébreux 10,5-10 - Luc 1,39-45
dimanche 20 décembre 2015.
 

Trois exemples. D’abord, cette grand-mère qui ne devait pas passer l’été a tenu jusqu’aux premiers jours de janvier pour voir la dernière-née de la lignée et puis elle a fermé les yeux. Ensuite, cet homme qui s’entêtait à survivre, à la stupéfaction de tout le corps médical, dans l’espoir d’une dernière visite de sa famille. Un jour, elle lui fait savoir que non, désolée, mais elle ne pourra venir. Cinq minutes après, il était mort. Enfin, Solange, cette merveilleuse très vieille dame de mon ancienne paroisse qui attendait que je vienne lui donner les sacrements. Sur le dernier Amen elle s’est envolée, les yeux grand-ouverts.

Les exemples abondent de l’incroyable force vitale qui repousse l’échéance fatale de celui qui veut voir la suite assurée avant de passer. Ainsi bientôt le vieillard Syméon chantera : « Maintenant, ô maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. » Et déjà, dans le passage du même évangile de Luc que nous entendons aujourd’hui, la vieille Élisabeth voit venir à elle celle qui porte le salut en question. Sans doute ne peut-elle, pas plus que son mari Zacharie, en profiter pour s’en aller, car le ciel a voulu qu’ils engendrent dans leur grand âge et ils vont donc devoir assumer l’éducation de leur fils Jean, le futur Baptiste. Mais ces personnages représentent plus qu’eux-mêmes.

Élisabeth et Marie sont deux figures d’Israël, de ce peuple des humbles et des fidèles que l’Écriture appelle le petit Reste. L’une est vieille et l’autre jeune. Or, c’est la vieille qui prononce aujourd’hui ces mots inouïs de nouveauté évangélique : « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Comment, en effet, ne pas voir en ces mots, « la mère de mon Seigneur », déjà le titre « Mère de Dieu » qui ne sera attribué officiellement par les conciles à Marie que quatre siècles plus tard ? Réciproquement, c’est la jeune, la sainte Vierge, qui aussitôt après va chanter dans le Magnificat la fidélité de Dieu au peuple de la première Alliance. Ainsi, dans cette rencontre que nous appelons la Visitation, les deux Alliances s’embrassent : l’ancienne proclame la nouvelle et la nouvelle acclame l’ancienne.

« En parlant d’Alliance nouvelle, dit l’auteur de l’épître aux Hébreux un peu avant le passage que nous venons d’entendre, Dieu a rendu ancienne la première ; or ce qui est ancien et qui vieillit est près de disparaître » (Hb 8,13). Entendons donc cette parole à la lumière de la Visitation. De même que les grands-parents veulent voir de leurs yeux leurs descendants avant de mourir, car ils savent qu’ils passent en eux de quelque manière, de même l’Ancienne Alliance ne craint pas de disparaître quand elle se voit passer en la Nouvelle. C’est ainsi que, lu à la lumière du Nouveau, l’Ancien Testament devient nouveau, de sorte que l’Ancien et le Nouveau ensemble forment une seule Parole nouvelle et éternelle.

Demandons donc au Seigneur de voir de nos yeux avant de mourir, s’il est possible, les descendants qui feront vivre après nous ce pour quoi nous aurons vécu. Mais ne soyons pas seulement comme cette grand-mère qui voulait connaître sa petite-fille, encore moins comme cet homme perdant l’espoir de revoir sa famille. Suivons plutôt l’exemple de Solange, la disciple confiante du Seigneur : n’attendons par pour mourir à nous-mêmes de quitter ce monde. Car, par la conversion à la nouvelle Alliance en Jésus Christ, le nouveau-né de la crèche, nous entrons déjà dans la Vie qu’il fera passer par la mort pour qu’elle demeure toujours.