Dimanche 3 janvier 2016 - L’Épiphanie du Seigneur

Attention, justement, ce n’est pas magique.

Isaïe 60,1-6 - Psaume 71,1-2.7-8.10-13 - Éphésiens 3,2-3a.5-6 - Matthieu 2,1-12
dimanche 3 janvier 2016.
 

Les « mages » de notre évangile étaient des savants, versés dans la connaissance des astres, mais ils ne pratiquaient pas la magie. D’ailleurs, les exégètes pensent qu’il ne s’agit pas d’un fait historique, mais d’un « théologoumène », un récit composé par Matthieu pour exposer son propos théologique. Pourtant, le pape Benoît XVI, dans son « Jésus », défend l’hypothèse contraire : nous aurions ici la relation d’un événement réel. Or, si par exemple les mages nous étaient présentés comme arrivant sur des chameaux célestes, à la manière d’un traineau tiré par des rennes à travers les airs, la question ne se poserait même pas pour nous. Nous ne croyons pas au Père Noël !

Il n’y a pas de magie dans l’Évangile, seulement des prodiges à caractère exceptionnel. Je pense à ce dessin humoristique, paru ces jours-ci dans la presse anglo-saxonne, qui représente un enfant Jésus tout nu restant obstinément debout à la surface de son bain face à sa mère qui lui intime l’ordre de s’y plonger. En fait, si le Christ a certes marché un jour ou l’autre sur les eaux, il n’en restait pas moins assujetti d’ordinaire à la loi de la gravité, et donc Marie n’avait aucune difficulté à le plonger dans son tub, pas plus que Jean n’en eu à le baptiser dans le Jourdain, préfigurant ainsi la mort et l’ensevelissement prophétisés par la myrrhe, étrange cadeau des mages.

Jésus, avec Marie sa mère et Joseph son père (comme l’appelle à deux reprises Luc), a vécu les vicissitudes de toutes les familles de la terre, sans jamais toutefois commettre aucune faute devant Dieu. Imaginer cette sainteté dans l’existence quotidienne nous est très difficile car nous avons du mal à séparer ce qui ressortit à notre fragilité et à notre faiblesse humaine de ce qui relève du péché. Mais il nous faut consentir un petit effort en la matière, ne serait-ce que pour nous y projeter. Vivre ainsi entre nous paraît impossible, n’est-ce pas ? C’est pourtant notre vocation de chrétiens et l’accomplir n’est pas facultatif.

La lumière de l’Épiphanie, de la manifestation de Dieu sur la Terre, ce ne sont pas les prodiges exceptionnels, les signes que le Père donnera au Fils de réaliser dans sa vie publique pour conduire à la foi les hommes à la nuque raide. C’est cette sainteté ordinaire d’un amour qui dissipe tout orgueil et tout égoïsme pour mieux se mettre au service des autres. Cette clarté peut attirer les hommes lorsqu’ils dépassent leur attrait pour ce qui brille : l’or et l’encens des richesses et des gloires d’ici-bas. Encore faut-il qu’ils la rencontrent. Et maintenant que Jésus, Marie et Joseph sont au ciel, il ne reste plus que nous pour la manifester en notre temps. Si nous démissionnons de cette tâche, nous éteignons la Lumière.

Bien sûr, nous restons pécheurs. Mais, si j’osais, je dirais que c’est encore mieux ainsi. Car alors nous n’avons de recours que dans l’humilité et la miséricorde : nous ne pouvons que nous accuser nous-mêmes et renoncer à juger les autres, jusqu’à passer par la mort avec le Seigneur pour entrer dans sa résurrection. Or, là se manifeste au plus haut point l’œuvre de l’Esprit Saint qui ne manquera pas de nous sanctifier davantage par une conduite toujours plus irréprochable. Et quel bonheur serait plus désirable que celui de vivre unis dans l’amour mutuel, sans plus d’envie ni de méchanceté, qui comble les attentes les plus profondes de notre humanité ?

Oublions donc nos rêves d’échapper comme par magie aux obstacles et aux souffrances de notre humanité, croyons plutôt à la merveilleuse manifestation de la divinité en la personne de Jésus, le Verbe fait chair, et confions-nous à lui pour l’accomplir en notre vie, pour la gloire de son Père et le salut du monde.