Dimanche 31 janvier 2016 - 4e Dimanche Année C

Quelle divine surprise attendez-vous ?

Jérémie 1,4-5.17-19 - Psaume 70,5-8.15.17.19 - 1 Corinthiens 12,31-13,13 - Luc 4,21-30
dimanche 31 janvier 2016.
 

Si ce doit être une surprise, me direz-vous, on ne peut pas s’y attendre. Pourtant, par exemple, celui qui joue régulièrement s’attend à gagner le gros lot un jour ou l’autre. Mais si cela arrive, c’est quand même une fameuse surprise !

Autre objection : l’expression « divine surprise » est lourdement connotée parce qu’elle remonte à la réaction de Charles Maurras devant la défaite de juin 1940. Même si sa satisfaction ne portait pas sur la victoire des nazis mais sur ses conséquences politiques pour la France, elle reste bien nauséabonde. D’autant que ce personnage s’était illustré par un antisémitisme des plus virulents.

Mais quel rapport avec l’évangile, me demanderez-vous ? D’abord, simplement le fait que les Juifs du temps de Jésus attendaient le Messie de tout leur cœur depuis des siècles et que, pourtant, sa venue ne pouvait être pour eux qu’une divine surprise. Ensuite parce qu’elle le fut à un point tel et de telle façon qu’ils ne l’acceptèrent pas. Mais pourquoi ?

L’évangéliste Luc, aujourd’hui, nous donne une réponse : la déception. Jésus n’a pas accompli pour les siens ce qu’ils espéraient du Messie. Bien plus, il leur a donné à comprendre que les bienfaits de sa venue pouvaient se répandre sur les païens plus que sur eux-mêmes. L’exemple d’Élisée est particulièrement frappant : Naaman qu’il a guéri de sa lèpre était un général syrien, un des pires ennemis d’Israël du moment !

En fait, cette référence nous donne la clef que nous cherchons : l’amour des ennemis. Premièrement, Jésus nous révèle que la miséricorde de Dieu culmine dans cet amour : « Il nous a aimés alors que nous étions ses ennemis », dit saint Paul. Ensuite, c’est justement à un tel amour que le Christ appelle tous les hommes ; et puisque cela leur est impossible, il leur donne l’Esprit Saint, pourvu qu’ils croient en lui, pour les en rendre capables. Enfin, le peuple de Dieu est justement le premier appelé à cet amour, et donc à cette conversion. Mais, particulièrement pour le peuple élu, cette conversion est immense. Car toutes les nations lui sont devenues ennemies justement à cause de cette élection, au point de vouloir le faire disparaître.

Il est facile d’aimer ses ennemis quand on croit qu’on n’en a pas. Mais quand on sait qu’ils sont nombreux et fous de haine, et qu’ils veulent nous massacrer et nous anéantir, c’est une autre affaire. Il faut reconnaître à sa juste mesure l’obstacle que les juifs pieux avaient à surmonter pour accueillir la parole de Jésus, tandis que les païens et les pécheurs se trouvaient de plain-pied avec l’annonce de la grâce.

Car Jésus est venu annoncer la grâce et non pas la bonne fortune. L’Esprit Saint donné à ceux qui croient en lui ne rend pas invulnérable et surpuissant, mais il donne un amour plus fort que le mal. Que nous soyons juifs ou païens, nous sommes aimés de même et seule la conversion fait de nous des disciples. Or, se convertir, c’est renoncer à soi-même par amour de tout autre, fût-il ennemi. Et qu’il soit juif ou païen.

L’invincibilité chrétienne, c’est celle de l’amour que saint Paul décrit si bien dans le passage que nous avons entendu en deuxième lecture. Parce que c’est celle que Jésus a manifestée en donnant sa vie pour ceux qui l’ont rejeté et crucifié. C’est ce sacrifice que prophétise l’épisode de la synagogue de Nazareth. Et la phrase conclusive : « Passant au milieu d’eux, il allait son chemin », annonce la résurrection du Christ.

C’est pourquoi, sous les apparences de la défaite, la croix fut bien sa victoire. Et c’est elle qui eut pour conséquence le don de l’Esprit Saint, l’unique divine surprise que nous ayons à attendre avec une ferme confiance en toute circonstance.