Dimanche 21 février 2016 - Deuxième dimanche de Carême - Année C

Oui, mais pas à ce prix !

Genèse 15,5-12.17-18 - Psaume 261.7-9.13-14 - Philippiens 3,17 - 4,1 - Luc 9,28b-36
dimanche 21 février 2016.
 

Je suis séduit, conquis, emballé, oui mais... paralysé par l’énormité de ce que cela me coûterait. Par exemple, selon un schéma classique, un homme est séduit et attiré par une jeune beauté. Oui, mais voilà : c’est épouser la demoiselle ou rien. Or, le soupirant est aussi très attaché à sa vie de garçon...

Quant à Jésus, il était le Fils de Dieu venu épouser l’humanité par amour, un amour sans limites. Au moment de payer de sa vie le salut de sa bien-aimée, il s’est demandé si c’était bien la volonté du Père que le prix en soit cette horrible Passion. Mais dès qu’il en eut acquis la certitude dans la prière, il s’élança de tout son cœur vers son supplice et notre rédemption.

Humainement, pourtant, ses disciples ne pouvaient pas le suivre jusque-là. Le Seigneur avait beau leur répéter que ce chemin était nécessaire, il leur était impossible de l’admettre. Quant à nous, nous hésitons peut-être sur l’offre qu’il nous fait maintenant de l’accompagner, pour notre salut, sur la voie qu’il nous a ouverte : Jésus, oui, mais pas à ce prix ! Cette pierre d’achoppement se rencontre de diverses manières au cours de la vie. Pour les catéchumènes, elle prend parfois la forme très concrète d’un renoncement lourd ou d’un risque grave lié à leur conversion.

Alors, la Transfiguration est là pour manifester la valeur inouïe de notre espérance, si désirable qu’elle doit l’emporter sur l’hésitation à payer le prix le plus fou. D’abord, évidemment, il y a la gloire inimaginable de la divinité, représentée par cette lumière incomparable rayonnée à cette heure aux yeux de ces disciples par le Seigneur. De quoi les hommes ne sont-ils pas capables pour acquérir les biens et les prestiges de ce monde qui pourtant n’ont qu’un temps et disparaissent, et se flétrissent ! Alors, quel prix serait trop grand pour entrer en possession de la gloire même de Dieu, qui demeure éternellement ?

Pourtant, il y a plus et mieux : c’est la fameuse « tente ». Au désert, Moïse dressait la « tente de la rencontre », celle où Dieu lui parlait face à face, « comme un ami à son ami ». Cette figure nomade eut pour successeur dans l’histoire de l’Alliance le Temple de Jérusalem : « Le lieu choisi par le Seigneur pour faire résider sa gloire au milieu de son peuple ». En parlant de faire trois tentes, Pierre, reconnaît que Jésus est un « interlocuteur » de Dieu au moins de la stature de Moïse et d’Élie. Mais « il ne sait pas ce qu’il dit », car il méconnaît ainsi que Jésus est le Verbe éternel, celui en qui Moïse et Élie ont parlé. À la fin de notre épisode, littéralement, « Jésus fut trouvé seul » : autrement dit, dans la plénitude de la Révélation, nous reconnaissons que le Christ est l’unique médiateur entre Dieu et les hommes.

Alors nous pouvons comprendre que cette nuée qui vient les couvrir et qui les saisit de frayeur quand ils y pénètrent n’est autre que « la Tente » que Dieu se fait lui-même pour nous quand son Fils nous sauve. Ce qui est symbolisé ici n’est pas moins que le bien encore plus radicalement désirable que toute gloire, même divine : la consommation de l’amour telle qu’elle demeure l’aspiration la plus profonde au cœur de tout être. Cette « fusion » de soi avec l’être aimé, nous la désirons plus que tout parce que nous en avons la nostalgie depuis notre séparation d’avec notre mère. Il s’agit donc en cet épisode de la « communion », cette union parfaite de chacun avec Dieu et de tous en Dieu, qui est la véritable « fin dernière » de la création et de la rédemption et dont l’amour mutuel des fidèles, signe de leur appartenance au Christ, est déjà, comme l’Eucharistie, le sacrement en ce temps : le signe, le moyen et la réalisation déjà esquissée de ce qui est espéré.

Pour ce bien-là, chacun de nous doit consentir aux Noces de l’Agneau et dire : oui, à tout prix !