Dimanche 28 février 2016 - Troisième dimanche de Carême - Année C - Premier scrutin des catéchumènes appelés

Comment lutter contre le découragement ? C’est très simple.

Exode 3,1-8a.10.13-15 - Psaume 102,1-4.6-8.11 - 1 Corinthiens 10,1-6.10-12 - Luc 13,1-9
dimanche 28 février 2016.
 

S’il y a découragement, c’est qu’il y a espoir. En effet, quand il n’y en a plus du tout, continuer ne serait pas du courage mais de l’obstination, voire un entêtement coupable. Mais celui qui persévère malgré les difficultés le fait parce qu’il espère toujours. Le découragement le menace quand il craint de ne pas tenir la distance jusqu’au succès : si c’est trop dur, trop long, trop cher payé, il pourrait flancher et laisser tomber. C’est le moment de s’accrocher, justement, à la lueur d’espoir qui demeure, si faible et si ténue soit-elle. Et de se retremper dans le grand désir qui nous a mis en chemin. Dieu lui-même, d’ailleurs, n’appliquerait-il pas cette méthode ?

Tout le monde pense volontiers que le criminel endurci mérite la mort. En Israël, la Loi ne cessait de confirmer cette opinion « naturelle ». Puisque Dieu est juste et tout-puissant, rien de mauvais ne devrait arriver au juste. En revanche, il serait normal que les pécheurs impénitents reçoivent le salaire de leur iniquité, par exemple par accident. Selon l’hypothèse commune, donc, ce devait sûrement être le cas de ces hommes écrasés par la tour de Siloé dans sa chute : ainsi se trouvait révélé leur état de coupables ! Mais voilà que Jésus déclare tous ses interlocuteurs, et sans doute tous les hommes en général, aussi pécheurs qu’eux. Donc tous devraient être frappés comme eux. Du coup l’étonnant n’est pas que certains subissent ce sort tragique, mais bien que la plupart y échappent ! Ainsi, cette parole du Seigneur qui semble à première vue une condamnation générale - tous méritent la mort subite ! - se révèle en réalité la manifestation de la persévérance de Dieu lui-même dans son dessein d’amour pour les hommes malgré tant de rebuffades, en particulier de la part de son propre peuple.

Ce raisonnement nous déconcerte sans doute, et pourtant il est bien plus raisonnable que nos idées communes. Et d’abord de cette recherche éperdue d’une explication à chaque « coup du sort ». Il nous faut absolument trouver un coupable : ou bien la victime elle-même, qui aurait été frappée « par sa faute », ou un tiers, agissant avec négligence ou par hostilité. Alors même que bien souvent le simple bon sens nous invite à abandonner cette quête. À l’opposée de l’acharnement explicatif, il y a le fatalisme qui renonce d’avance à toute logique en la matière : les accidents tombent aveuglément sur les bons et les méchants, c’est absurde mais c’est ainsi. Pour le fataliste, par exemple, les hommes écrasés par la tour de Siloé se trouvaient simplement au mauvais endroit au mauvais moment.

Or, Jésus n’exclut pas que des explications existent dans certains cas, mais il nous dissuade de les supposer a priori quand rien ne les étaye. Il nous renvoie à une constatation générale : le mal est dans le monde d’abord par une volonté mauvaise qui précède et dépasse l’homme. Et l’injustice et l’absurdité de la manière dont frappe le malheur ne sont que du mal qui s’ajoute au mal. Ensuite, il nous invite à reconnaître l’action de Dieu qui lutte contre le mal en notre faveur, et à y collaborer « tant qu’il nous prête vie ». D’ailleurs, si le malheur frappe l’innocent, j’oserai dire qu’il y a moindre mal : car alors il communie au sort du Christ, le seul Juste, qui prend sur lui le châtiment des pécheurs en vue de leur rédemption.

En effet, si le Seigneur déclare tous les hommes également passibles de la mort due au péché, c’est afin que nous reconnaissions que, dans la mesure où nous y échappons, c’est par miséricorde de Dieu pour notre conversion. Sa parole ne semble dure qu’à ceux qui se croient justes. Les autres y voient au contraire un grand encouragement. Car, certes, la perspective du châtiment demeure « si vous ne vous convertissez pas » ; mais c’est pour mieux appeler à un changement de vie qui écartera définitivement la menace. De plus, avant tout changement de vie, la simple foi en cette annonce de la grâce suffit pour cela, au grand scandale des « justes » !

Le prix de cette grâce, c’est la croix du Christ. Elle est prophétisée par l’événement des « Galiléens massacrés par Pilate mêlant leur sang à celui des sacrifices qu’ils offraient » : Jésus lui-même sera « massacré par Pilate », et son sang versé sera celui du sacrifice suprême. En effet, il a pris sur lui le châtiment des pécheurs afin d’obtenir leur grâce. Car Dieu ne s’est pas laissé décourager par les refus des hommes : dans son « trop grand amour », il a tenu jusqu’à la souffrance et la mort de son Christ en espérant notre conversion avant qu’il ne soit trop tard.

Rendons grâce pour l’espérance du Dieu de Miséricorde en nous tournant vers lui par la foi dans l’Eucharistie de Jésus, et persévérons en toute œuvre bonne à sa gloire !