Dimanche 6 mars 2016 - Quatrième dimanche de Carême - Année C - Deuxième scrutin pour les catéchumènes adultes appelés

Choisissez votre père !

Josué 5,10-12 - Psaume 33,2-7 - 2 Corinthiens 5,17-21 - Luc 15,1-3.11-32
dimanche 6 mars 2016.
 

Que voilà une étrange proposition ! « Choisissez votre enfant » se comprendrait mieux, bien que cela puisse être révoltant s’il s’agit d’adoption ou d’eugénisme. Mais qui pourrait choisir son père ou sa mère sur catalogue ? Et puis sur quels critères ?

Par exemple, le père de notre parabole vous plaît-il ? Il est riche, apparemment : c’est plutôt un bon point, j’imagine. Il n’a pas l’air très sévère : cela doit aussi rallier pas mal de suffrages. Mais ne serait-il pas un peu faible ? Et même, est-il vraiment juste ?

Alors, en voulez-vous, oui ou non ? Dis-moi si tu en veux, je te dirai qui tu es. Si oui, c’est que tu t’estimes peu digne d’être appelé son fils et que tu veux profiter de son accueil miséricordieux. Sinon, c’est qu’à la manière de l’aîné tu t’estimes légitime dans la maison et que tu vois d’un mauvais œil sa façon d’accueillir ce traîné comme un prince.

En somme, notre premier mouvement de sympathie ou de rejet pour la parabole est révélateur de notre conscience d’être plutôt coupable et égaré, ou plutôt « comme il faut ». D’où le résultat paradoxal : l’Évangile est aimable aux pécheurs et désagréable aux justes ! En fait, pas exactement. Il n’est aimable qu’aux pécheurs qui rejettent leur péché et désirent la conversion. Et il n’est désagréable qu’aux justes qui s’enorgueillissent de leur justice pour en tirer avantage : ceux-là ne veulent pas d’autre père qu’eux-mêmes car ils entendent bien s’approprier toute la gloire de leur belle conduite.

Quand je me laisse aller aux suggestions du mal, je fais du diable mon père puisque j’accomplis ses œuvres. Et plus encore quand je me considère juste et méprise les pécheurs, puisque Satan est le maître de l’orgueil. Bien sûr, il ne s’agit que d’un faux père, un usurpateur insupportable. Mais, hélas, je peux me laisser séduire par ses mensonges prestigieux ou flatteurs. Tandis que si, à la lumière de la Parole, je me reconnais pécheur, le Seigneur me couvre de sa miséricorde et me sanctifie, en sorte que je rejette le mal et m’adonne au bien, manifestant ainsi que Dieu est mon Père.

Seulement en recevant d’En-Haut la sainteté de ma vie j’échappe à l’orgueil diabolique du juste qui s’attribue à lui-même sa justice et s’en arroge le privilège. Seulement en acceptant mon salut je deviens semblable au seul Juste qui incarne la miséricorde du Père pour les pécheurs et ma sainteté n’est autre que celle de Dieu et de son Amour tout-puissant contre le mal. Alors je l’aime en vérité, lui et son Évangile de grâce, et j’aime les pécheurs mes frères comme il les a aimés jusqu’à la croix.

Voilà ce qui vous est offert, frères et sœurs promis au baptême : reconnaître que vous aviez choisi le diable pour père, avec toute l’humanité tombée au pouvoir du péché, et le rejeter pour revenir au Père de toute Création. Adorez donc aujourd’hui votre Dieu qui vous accueille comme ses enfants retrouvés pour la joie des anges dans le ciel.

Choisissez-le pour Père dans l’Eucharistie de son Fils bien-aimé, celui qui a choisi chacun de vous comme son enfant tant attendu pour l’établir dans sa propre gloire pour l’éternité.