Dimanche 20 mars 2016 - Dimanche des Rameaux et de la Passion - Année C

Je me souviens d’un homme

Les Rameaux : Luc 19,28-30 - La Passion : Isaïe 50,4-7 - Psaume 21,8-9.17-20.22-24 - Philippiens 2,6-11 - Luc 22,14 à 23,56
dimanche 20 mars 2016.
 

Ni palmes ni rameaux dans l’évangile des Rameaux ! Luc préfère éviter toute interprétation nationaliste, car il vise à la signification universelle. Nos rameaux à nous signifient plutôt la Nature que la Nation : ils sont donc dans le ton, comme le petit âne qui représente la Création docile à son Seigneur. Avançons donc joyeusement en brandissant nos buis bien verts pour acclamer le Seigneur de l’Univers !

(Après la lecture de la Passion)

Je me souviens d’un homme qui s’était jeté sous le métro. J’avançais pour le voir quand j’aperçus le regard de colère d’un employé. Il me soupçonnait sans doute de voyeurisme. Et je me suis demandé : pourquoi vouloir contempler ce malheureux ?

Pourquoi faut-il contempler la passion de Jésus ? Rien dans le récit évangélique n’encourage le voyeurisme. Alors pourquoi ? Hier, l’un d’entre vous me confiait son trouble. Ses amis incroyants le défiaient : où est-il, ton Dieu, quand tant de mal se produit autour de nous ? Il ne savait que répondre et cette interrogation lui inspirait des doutes à lui-même. La Passion, frères et sœurs, n’est pas une réponse à la manière des hommes qui attendent qu’elle règle la question. Elle est pourtant la Parole que Dieu nous donne à ce sujet.

C’est pourquoi, chers amis, nous n’avons ni à baisser la tête ni à manifester d’arrogance, mais à proclamer fermement que le Dieu bon créateur de toute cette Nature qui nous enchante par sa beauté nous a donné son Fils et la parole de la croix pour nous ouvrir un chemin à travers les souffrances et la mort qui défigurent notre terre. Un regard levé vers lui est le seul remède à la désespérance comme à toute fuite de l’épreuve qui nous est proposée. Courons-la donc les yeux fixés sur Jésus Christ qui donne sa vie par amour pour nous.

Oui, je me souviens d’un homme qui fut jeté hors de la ville et dont la mort a changé la face du monde.

(Éditorial de ce dimanche)

DU BUIS VERT AU BOIS CRUCIFIÉ

« Car si l’on traite ainsi le bois vert, qu’adviendra-t-il du sec ? » (Lc 23,31) Ni rameaux ni palmes n’apparaissent dans le récit de l’entrée du Seigneur à Jérusalem par saint Luc. Mais l’évangéliste nous livre cette parole de Jésus un peu plus loin au cours de la Passion. Le Christ parle ici de lui-même : il est l’arbre planté près des eaux vives, le Fils sur qui demeure l’Esprit Saint. Les disciples l’acclament comme tel. L’ânon jamais monté accepte volontiers de le porter, manifestant ainsi au nom de toute la Création qu’il le reconnaît comme son Seigneur plein de bonté.

Pourtant, les chefs de son peuple vont le livrer aux païens pour qu’ils le clouent à l’arbre du supplice. Autant Jésus est étendu sur la croix, autant le bois sec est crucifié sur lui, se laissant baigner de son sang comme d’une sève nouvelle qui redonne vie. Toute la création transpercée de maux et vouée à la mort reçoit ainsi l’amoureuse étreinte du Sauveur où se lit la promesse de la résurrection. L’Église est ici prophétisée comme Épouse rachetée et lavée dans le sang de l’Époux pour une vie de grâce et d’annonce du salut.

Vendredi, en vénérant la croix, songeons que nous embrassons aussi l’Église notre mère née du sacrifice parfait pour donner au Père une multitude d’enfants de l’amour. Et que nous saluons d’un saint baiser la Création voulue par Dieu en vue de l’homme façonné à son image et restaurée au prix de la face lacérée de son Fils unique et bien-aimé. Avec François, le saint pauvre d’Assise et le pape qui a choisi son nom, portons un regard fraternel sur la Nature qui nous est donnée comme berceau et jardin à soigner, et dont le sort est lié au nôtre. Demandons pour elle et pour nous le sacrifice où le Seigneur se blesse de nos blessures et fait à tous miséricorde.