Jeudi saint 24 mars 2016 - La Cène du Seigneur

Jésus n’a pas oublié

Exode 12,1-8.11-14 - Psaume 115,12-13.15-18 - 1 Corinthiens 11,23-26 - Jean 13,1-15
jeudi 24 mars 2016.
 

Il s’est rappelé que, tout-petit, il fut lavé et nourri par sa maman toute aimante. En effet, les deux gestes de ce soir s’enracinent dans la simplicité du soin quotidien des enfants qu’accomplit la tendresse maternelle. Ainsi, non seulement ils révèlent le sens de la croix où le Seigneur par son amour invincible efface la faute originelle et prépare le don de son corps en pain de Vie, mais il annonce le mystère de l’Église à qui il confiera les sacrements pour réaliser ce bienfait de génération en génération dans l’existence des hommes.

Comme Marie a pris soin de Jésus, le Fils unique de Dieu devenu le sien par la conception de l’Esprit Saint, l’Église a pour mission de donner la vie divine à tout enfant des hommes et de l’entourer de sa tendresse maternelle qui nourrit, console et purifie les petits que nous sommes. C’est ce mystère de l’Amour du Christ à l’œuvre inlassablement par les mains de ses disciples que nous célébrons aujourd’hui.

En ce soir où le Seigneur institue le sacerdoce ministériel, nous ne devons pas oublier, nous les prêtres, que la tâche qui nous est confiée se réalise d’abord dans la tendresse de Marie, révélatrice de celle du Dieu très miséricordieux qui nous a pris en pitié quand nous étions baignant dans le sang de nos fautes, affamés de justice et de paix, assoiffés de bienveillance et de bonté.

S’il est vrai que les vertus qui sont dans la tête se communiquent aisément au corps tout entier, priez, frères et sœurs, pour que vos prêtres donnent l’exemple, dans l’exercice de leur charge, de la mansuétude toute maternelle du Père tout-puissant. Et pour qu’ainsi nous devenions un corps réellement uni dans l’amour auquel tous peuvent reconnaître que nous sommes les disciples du Christ Jésus qui a donné sa vie pour tous.

Jésus n’a pas oublié un seul instant pendant toute sa passion, à chaque coup, à chaque offense, à chaque clou, pourquoi il faisait cela : pour que la tendresse de Dieu se révèle plus forte que les violences et les haines humaines inspirées de l’ennemi, menteur et homicide dès le commencement.

Vous avez peut-être vu comme moi dans la presse cet entretien avec un homme chargé des secours dans le métro de Bruxelles, dont le titre m’avait attiré : « Je n’ai pas vu l’horreur, j’ai vu autre chose. » Mais, à la lecture, je n’ai pas trouvé ce que j’attendais. Le secouriste voulait signifier que ce qu’il avait vécu était au-delà de l’horreur. Ne trouvant pas de mots, il décrivait la scène : une petite fille brûlée en larmes dont la mère avait été déchiquetée, et d’autres détails tels que la journaliste n’en avait pas supporté plus. Ce qu’il avait vu, c’était l’innommable. Or, finalement, j’ai trouvé ce que j’espérais et qu’il suggérait sans l’exprimer : sa volonté de secourir que ne pouvait arrêter l’affreuse situation à laquelle il faisait face.

De même, frères et sœurs, en contemplant la passion du Seigneur demain, sachons voir autre chose que l’horreur de son supplice : son amour invincible venant au secours, au long de son chemin de croix, de toutes les victimes du monde jusqu’à la consommation des temps.

N’oublions jamais, jusque dans les pires moments de notre vie, Jésus qui nous a dit : « C’est un exemple que je vous donne, faites cela en mémoire de moi »