Vendredi saint 25 mars 2016 - Célébration de la Passion du Seigneur

Pas trace de révolte

Isaïe 52,13 à 53,12 - Psaume 30,2.6.12-17.25 - Hébreux 4,14-16 et 5,7-9 - Jean 18,1 à 19,42
vendredi 25 mars 2016.
 

Dans cette passion selon saint Jean que nous venons d’entendre, non seulement le Christ consent souverainement à tout ce qui lui arrive, mais la création elle-même ne manifeste aucun trouble : ni séisme ni éclipse, aucune convulsion au ciel ou sur la terre à la mort du Seigneur de l’Univers.

Rappelez-vous les Rameaux : dimanche dernier nous compris dans l’évangile selon saint Luc que l’ânon jamais monté se laissait faire par Jésus. Je vous disais que, dans sa docilité, il représentait la Création reconnaissant en lui le Maître doux et généreux auquel il est bon pour tous de se soumettre. Au Psaume 95, les arbres des forêts dansent de joie devant le Seigneur qui vient. Certes, il s’agit d’une vision poétique. L’arbre qui a donné la croix ne pouvait ni se dérober ni consentir à ce sort.

Pourtant, je me prends à penser que, autant Jésus est étendu sur la croix, autant le bois mort de la croix est crucifié sur lui, se laissant baigner de son sang comme d’une sève nouvelle qui redonne vie. En lui, toute la création transpercée de maux et vouée à la mort reçoit l’amoureuse étreinte du Sauveur où se lit la promesse de la résurrection. Et l’Église est ici prophétisée comme Épouse rachetée et lavée dans le sang de l’Époux pour une vie de grâce et d’annonce du salut.

Tout à l’heure, en vénérant la croix, songeons que nous embrassons ainsi l’Église notre mère née du sacrifice parfait pour donner au Père une multitude d’enfants de l’amour. Et que nous saluons d’un saint baiser la Création voulue par Dieu en vue de l’homme façonné à son image et restaurée au prix de la face lacérée de son Fils unique et bien-aimé. Avec François, le saint pauvre d’Assise et le pape qui a choisi son nom, portons un regard fraternel sur la Nature qui nous est donnée comme berceau et jardin à soigner, et dont le sort est lié au nôtre. Demandons pour elle et pour nous les grâces du sacrifice où le Seigneur se blesse de nos blessures et fait à tous miséricorde.

Car bien plus puissante et efficace que toute révolte est la docilité à l’Esprit de Dieu pour changer ce monde sans justice en civilisation de l’amour. C’est ce que nous allons maintenant demander dans la grande Prière universelle de ce saint Vendredi.