Dimanche 7 avril 2013 - Deuxième dimanche de Pâques et de la divine Miséricorde Année C

Il ne sait pas s’arrêter

Actes 5,12-16 - Psaume 117,1-4.22-27.29 - Apocalypse 1,9-11a.12-13.17-19 - Jean 20,19-31
dimanche 3 avril 2016.
 

L’enfant demande encore ce qui lui a plu : encore un bonbon, encore un tour de manège, encore une grimace drolatique, encore sauter sur les genoux. Comment mettre fin à cet appétit insatiable ? Les adultes les plus habiles tentent alors une diversion qui ne réussit pas toujours. Surtout s’il s’agit de mettre un terme, non plus à une séquence agréable, mais à un caprice ou une colère. En tout cas, le petit ne sait en général pas s’arrêter lui-même, il faut vraiment l’aider. Les grands, parfois, ne se montrent guère plus raisonnables.

C’est pourquoi Jésus dit à Thomas : « Cesse d’être incrédule, sois croyant. » Ou, plus littéralement : « Deviens non incroyant mais croyant. » Car le verbe guinomai, variante de guignomai, signifie d’abord « devenir, naître ». Ici se trouve la pointe de notre passage évangélique plus que dans la rencontre de l’Apôtre avec le Ressuscité qui répond à son désir de voir ses plaies. Certes, le Christ cède alors au caprice de l’absent du premier jour, mais c’est afin de lui permettre de renoncer à son entêtement le plus grave : celui du refus de la foi. Il donne ainsi une leçon salutaire à tous les hommes de la suite des temps qui ne pourront en tout cas pas bénéficier de la même faveur : car, comme nous, ils devront croire sans avoir vu.

Le passage à la foi est une véritable nouvelle naissance : c’est bien ce que nous avons proclamé et célébré à Pâques, en particulier lors du baptême des adultes au cours de la Vigile. Mais le vieil homme ne cède pas si facilement la place : il faut qu’il « dépérisse » pour laisser l’homme nouveau, qui n’est autre que le Christ, l’occuper progressivement tout entière. En somme, nous, les disciples, nous « devenons non incroyants mais croyants » à la mesure de notre conversion au Christ. Cette croissance dans l’Esprit est donc un renoncement au mal pour accueillir la foi. C’est pourquoi dans le « renouvellement des promesses de notre baptême » nous commençons par redire notre rejet de Satan, de ses œuvres et de ses séductions.

Car nous sommes attachés au mal ! Mais le Christ vient à notre secours afin que cesse cet asservissement pour que nous devenions croyants. La foi n’est jamais un acquis sur lequel nous pourrions compter comme une possession sûre. Elle est toujours ce don de Dieu qui s’accueille en ne comptant que sur lui. Et l’incrédulité ne désarme pas en nous, car elle est la suggestion du diable qui ne se lasse pas de nous éprouver.

Soyons lucides sur nous-mêmes comme sur les autres, chers amis. Les doutes qui nous assaillent aussi bien que les désirs mauvais qui nous égarent sont aussi persistants et acharnés que les parasites et les pestes qui s’attaquent à notre peau et aux autres organes. Il ne faut pas leur faire l’honneur de les prendre trop au sérieux, mais il convient de les traiter avec patience et persévérance. Et surtout par la prière et l’humilité.

Nous ne savons pas nous arrêter nous-mêmes d’être incroyants, frères et sœurs. L’action de Dieu nous est nécessaire pour cela. Le savoir, le croire, est le début de la foi. D’où notre prière avec Pierre : « Je crois, Seigneur, viens en aide à mon peu de foi ! » Nous ne voyons pas Jésus comme les Apôtres d’autrefois, mais il vient aussi sûrement à nous qu’il est allé à eux. Et nous en éprouvons le bienfait infini en rendant grâce avec eux à « Notre Seigneur et notre Dieu » présent au milieu de nous.