Jeudi 5 mai 2016 - L’Ascension du Seigneur Année C

Restez le temps qu’il faudra

Actes 1,1-11 - Psaume 46,2-6.6-9 - Hébreux 9,24-28 et 10,19-23 - Luc 24,46-53
jeudi 5 mai 2016.
 

Trop pressé, je sors le pain du four pas encore cuit, le linge de la machine alors qu’elle n’a pas terminé son cycle, ou mon jugement avant de l’avoir suffisamment formé. Le temps ne fait rien tout seul, mais rien ne se fait sans le temps nécessaire à une préparation complète ; du moins rien qui vaille.

« Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus d’une puissance venue d’en haut », dit Jésus ressuscité à ses disciples lors de sa dernière apparition. Ce n’est certes pas le Père ni le Fils ni l’Esprit Saint qui réclament un délai comme s’ils n’étaient pas prêts à l’envoi ! Nous comprenons donc que les disciples eux-mêmes doivent encore se transformer dans cette attente pour pouvoir accueillir le don promis.

Et nous, mes frères, sommes-nous prêts à recevoir l’Esprit Saint ? À quoi servirait-il d’appeler à grands cris une puissance que nous serions incapables de supporter, comme ces enfants qui réclament ce dont, à l’évidence, ils ne peuvent assumer la charge ? En effet, il faut avoir la force de recevoir la puissance dont le Seigneur veut nous combler. Une haute position, par exemple, n’est-elle pas une puissance ? Mais elle ne sera remise qu’à quelqu’un qui présente la capacité à l’exercer. Pourtant, direz-vous, la capacité à assumer le pouvoir dont le Christ entend revêtir ses Apôtres n’est-elle pas déjà un don de Dieu ? Assurément. C’est pourquoi l’Église prie en disant : « Seule ta grâce peut nous disposer à recevoir tes grâces. »

La capacité à recevoir le don de l’Esprit Saint, c’est la foi qui est déjà un don de Dieu. Mais la foi qui naît de la prédication doit se recevoir en profondeur par la méditation de la Parole entendue et gardée au cœur. Ainsi, après avoir enseigné ses disciples pendant quarante jours après sa résurrection, Jésus les quitte-t-il, mais non sans leur laisser cet enseignement à intérioriser par la prière, dans la sécurité et le secret de la chambre haute. C’est pourquoi nous pouvons faire nôtre cette sagesse que le Seigneur commande à ses disciples.

Quand nous sommes troublés ou ébranlés par les événements du monde ou de notre vie privée, quand se brouillent en nous les certitudes de naguère, n’allons pas vouloir forcer notre cœur et démontrer à l’extérieur une fermeté qu’il n’éprouve pas à l’intérieur. Prenons simplement le temps de la méditation en gardant cette Parole qui s’est faite opaque pour nous.

Ayons le courage de durer dans l’épreuve de l’hésitation et de l’inquiétude autant qu’il faudra pour atteindre le point de feu à nouveau. N’est-ce pas l’exemple que nous donne le Seigneur Jésus lui-même à la veille de sa passion, quand il persiste dans la prière jusqu’à la sueur de sang en demandant au Père d’éloigner la coupe ou de confirmer qu’elle est sa volonté ? Parce qu’il a tenu ainsi dans l’incertitude et la fidélité, l’Esprit finit par lui attester que tel est bien le chemin ; et aussitôt il se lève avec résolution pour le suivre.

C’est ainsi qu’il a accompli sa Pâque, son passage de ce monde au Père, dont la fête d’aujourd’hui constitue le point d’orgue. Avec la Pentecôte, dans dix jours, nous entrerons dans le temps des fruits du sacrifice pascal du Christ. Le « salaire » du labeur divin, ce sont les croyants. Et ce labeur sera poursuivi dans la prédication apostolique par des disciples devenus eux-mêmes prémices de la moisson en accueillant la foi au Christ à qui ils rendront témoignage.

Sachons rester nous-même dans le rythme que Dieu veut donner à notre foi : en particulier les sacrements du pardon, qui nous lave de nos péchés, et du pain de Vie, qui nous rend forts pour le chemin. Ainsi nous franchirons tous les obstacles jusqu’à l’action de grâce du Christ en qui nous sommes déjà au ciel.