Dimanche 15 mai 2016 - Pentecôte Année C

La vie spirituelle est comme un boudoir

Actes 2,1-11 - Psaume 103,1.24.29-31.34 - Romains 8,8-17 - Jean 14,15-16.23b-26
dimanche 15 mai 2016.
 

Dans les demeures, à l’époque, au-delà des pièces à vivre, puis de la chambre, se trouvait caché le boudoir où la maîtresse du logis pouvait se retirer en elle-même ou recevoir seule à seul. Bien sûr, l’appellation était gentiment ironique, car il ne s’agissait pas tant de bouder les autres que de se disposer à mieux les rencontrer en se donnant le temps de l’écart et du recueillement.

De même, chacun de nous existe dans un espace partagé et dispose d’une intériorité où résonnent les événements du monde en émotions et sentiments ; où s’élaborent aussi pensées et résolutions. Mais au-delà du psychisme il est un lieu secret, fine pointe de l’âme, cœur de la personne, saint des saints dont rien ne peut violer l’intimité, où règne en maître la lumière de la vérité, car là se tient l’ange qui veille fidèlement.

La plupart des hommes ignorent cet endroit d’eux-mêmes : ils ne s’y rendent jamais et n’éprouvent qu’inconsciemment les effets de ce qui s’y passe. Mais chez celui qui aime Jésus et garde sa parole, le Père et le Fils s’installent à demeure et poursuivent leur œuvre. Eux seuls, en effet, par la puissance de l’Esprit Saint, opèrent la transformation profonde qui change notre cœur de pierre en cœur de chair. C’est par le baptême dans la mort et la résurrection du Seigneur que nous recevons ces hôtes divins, par pure grâce, pour toute une vie de conversion, c’est-à-dire de renoncement pour eux à soi-même.

En effet, par moi-même je ne peux vivre que selon les valeurs « de la chair », c’est-à-dire de notre nature humaine toujours tentée d’égoïsme. Bien sûr, du charme et de l’intérêt des gens que je rencontre dépendent émotions et sentiments qui se bousculent en moi. Réciproquement, les passions et les désirs que je porte à l’intérieur déterminent largement la façon dont je me comporte à l’extérieur. Ce va-et-vient m’emporte irrésistiblement et souvent me domine. En particulier, aimer ou ne pas aimer quelqu’un me semble un état qui s’impose à moi et auquel je ne peux rien.

Mais tout peut changer pour celui qui livre le cœur de son cœur à l’Esprit de Dieu : il peut en venir à aimer même son ennemi ! D’abord, il apprendra à prendre en considération chaque autre disciple du Christ autant que lui-même, voire à s’estimer le dernier. C’est ainsi que Pierre a reçu la fonction suprême de pasteur universel, en renonçant à se croire « celui qui aime le Seigneur plus que les autres » ! Alors il apprit à aimer l’Église qui lui était confiée. Nous pouvons dire que tel est le signe et le beau fruit de la conversion à l’Esprit, mes amis : l’amour de l’Église.

Si chaque baptisé s’offre vraiment au travail de l’Esprit en son être profond, s’il nourrit généreusement la vie spirituelle née en lui au jour de son baptême, loin de bouder les autres il les retrouvera tous en lui-même. Car il laissera transformer son cœur en celui de Dieu dans lequel tous sont accueillis ensemble comme s’ils ne faisaient qu’un.