Dimanche 5 juin 2016 - (10e Dimanche Année C) - Première communion d’enfants du catéchisme

« Mort de faim ! »

(1 Rois 17,17-24) Genèse 14,18-20 - Psaume 29, 3-6.12-13 - (Galates 1,11-19) 1 Corinthiens 11,23-26 - Luc 7,11-17
dimanche 5 juin 2016.
 

À ne pas prendre au pied de la lettre, l’expression qualifie la personne qui s’attaque à une entreprise avec autant d’engagement que si sa vie en dépendait. J’imagine que cet emploi métaphorique dérive d’un usage pédagogique par des parents désireux de modérer les élans de leurs enfants : qu’ils ne se jettent pas sur les petits plats bien préparés comme s’ils étaient morts de faim ! Ou encore tout simplement d’une façon plaisante de dire son grand appétit lorsque le repas tarde après un temps d’activité intense.

En tout cas, le bonheur ordinaire peut se décrire comme un grand appétit de vivre habituellement satisfait et toujours renouvelé. Pour un enfant, cela donne : se lever volontiers, manger avec plaisir tout ce qu’on lui sert, aller volontiers à l’école et travailler de bon cœur par goût d’apprendre, jouer avec les autres dans l’enthousiasme et la bonne humeur, enfin s’endormir sans histoire quand l’heure est venue de se coucher pour apprécier un repos bien mérité. Un rêve pour les parents, n’est-ce pas ? Et que demander de plus à un enfant ? Car, de surcroît, dans ces conditions il ne pourra manquer de se montrer affectueux et reconnaissant.

Hélas, la réalité ne suit pas toujours exactement ce modèle, n’est-ce pas ? C’est que notre monde n’est plus parfait depuis le péché de nos premiers parents : faits pour connaître seulement le bonheur, avec l’arbre de vie au milieu du Jardin, ils ont cédé à la tentation de prendre de force ce que Dieu voulait leur donner par grâce, et ils sont entrés dans le régime de la connaissance du bonheur et aussi du malheur. Adam et Ève ont alors été chassés d’Éden (Éden : le Plaisir, en hébreu) pour qu’ils ne prennent pas de l’arbre de vie de sorte qu’ils vivraient pour toujours cette vie marquée de malheur. Dieu a voulu leur éviter cela et les arracher d’abord au péché avant de leur redonner la vie éternelle. La résurrection par Jésus du fils de la veuve de Naïm (Naïm : le Bonheur, en hébreu) nous dit de quelle manière Dieu réalise son projet : le Christ, accompagné de tous les saints, fait revenir le peuple qui, frappé par la mort, sortait vers le malheur. C’est Jésus qui nous rouvre le Jardin des délices, il est lui-même l’Arbre de Vie planté au milieu afin d’être offert à tous. Ainsi, par le baptême vous avez été libérés du mal, et par la communion vous avez part à la nourriture de vie éternelle.

Le Pain que vous allez manger ne remplace pas le pain ordinaire. Il est le pain « suressentiel », comme dit le Notre Père, qui libère, pour aimer et partager, la vie ordinaire de sa malédiction des morts de faim. En effet, la vie est bonne et il est bon de la prendre avec appétit, en désirant toutes les bonnes choses de la terre. Mais si vous avez seulement cette faim terrestre, vous êtes condamnés à la tristesse de la mort qui marque toutes choses par la dégradation et la destruction finale. C’est pourquoi ceux qui ne s’occupent que des biens matériels sont dans une perpétuelle agitation, l’inquiétude (inquiet signifie littéralement sans repos, donc agité) de la mort qui les hante d’autant plus qu’ils ne veulent pas y penser.

Au contraire, ce pain qui satisfait la faim de Dieu nous ouvre sur la résurrection et le bonheur sans fin, et ainsi il nous donne la paix par rapport aux biens de ce monde. Et la paix est aussi une force, une plus grande capacité à faire ou posséder de grandes choses, ou à ne pas s’inquiéter de ne pas en faire ou posséder !

La faim des biens du monde peut devenir tyrannique : ceux qui lui sont soumis vivent dans l’ombre de la mort de cette faim. Tandis que ce pain d’amour est en nous la mort de la faim du monde pour nous donner la faim de Dieu qui est la vie du monde pour toujours.