Dimanche 26 juin 2016 - 13e dimanche C

Brexit : Exil ou Exode ?

1 Roi 19,16b.19-21 - Psaume 15,1.2a.5.7-10.2b.11 - Galates 5,1.13-18 - Luc 9,51-62
mardi 28 juin 2016.
 

Le point de rupture, l’instant fatal où les tensions atteignent la limite du supportable pour le système, finit un jour par arriver. Si longtemps attendu, espéré par les uns, redouté par les autres, prophétisé comme malheur, brandi comme menace, annoncé comme délivrance, que change-t-il finalement ?

Exil ou Exode ? Le point de rupture, l’instant fatal où les tensions atteignent la limite du supportable pour le système, finit un jour par arriver. Si longtemps attendu, espéré par les uns, redouté par les autres, prophétisé comme malheur, brandi comme menace, annoncé comme délivrance, que change-t-il finalement ?

Le mot de « rupture » évoque la séparation de deux amants, mariés ou non. Il se charge alors de peine et de souffrance. Actualité oblige, il nous rappelle aussi le « Brexit », le départ du Royaume-Uni de l’Union Européenne. À l’évidence, sauf dans l’esprit des partisans résolus de cette rupture, les perspectives qu’elle ouvre paraissent tristes et inquiétantes.

L’Évangile d’aujourd’hui aussi est inquiétant. Jésus s’y montre déconcertant et peu amène. La raison en est sérieuse : au début de sa montée à Jérusalem, le Messie d’Israël indique quel type de rupture il va provoquer dans l’histoire de son peuple et de l’Alliance avec Dieu. Les trois réponses lapidaires qu’il consent à ses interlocuteurs successifs sont comme autant de coups frappés sur le même clou.

Au premier il refuse l’espoir d’une restauration royale en Israël puisque « le Fils de l’homme n’a pas où poser la tête ». En d’autres termes, sa royauté ne vient pas de ce monde et n’a pas ce monde pour destination. Quant aux sujets de ce nouveau royaume, ils ne peuvent être que des hommes nouveaux, passés de la mort à la vie. C’est pourquoi ceux qui refusent le franchissement de la Pâque que le Seigneur va accomplir à Jérusalem sont comme des morts ajoutés aux morts de jadis.

Pour le troisième, un détail du texte est significatif : il veut prendre congé de ceux qui sont « dans » sa maison, ce « dans » étant en grec le « eis » qui indique un mouvement. Ici, l’idée est subtile : le mouvement de l’Évangile par rapport à la première Alliance n’est pas centripète, mais centrifuge. Le Christ sera « jeté hors de la ville » et les Apôtres iront de Jérusalem aux extrémités de la terre. Les païens n’auront pas à devenir juifs, mais, au contraire, les juifs devront renoncer aux pratiques alimentaires qui les séparaient des païens.

Bien sûr, ce programme était tellement différent de ce que les juifs contemporains de Jésus attendaient du Messie qu’ils ne pouvaient que buter sur lui. La Passion du Christ sera à la fois la conséquence logique d’un refus inévitable et la réalisation dans la chair même du Fils de Dieu de l’arrachement qu’il demandera à son peuple. Mais justement ce sacrifice nous vaudra l’Esprit Saint qui nous donne d’accepter ce don si coûteux et le salut que seul il apporte.

La loi nouvelle du Royaume nouveau inauguré par le Christ s’établit au cœur des disciples de génération en génération, mais elle change aussi progressivement ce monde qui va vers sa fin et sa renaissance. À la lumière de l’Évangile, nous pouvons juger de la façon dont ce changement s’opère malgré les résistances de l’ennemi. L’amour des pauvres et de la justice sociale, la culture du respect et l’accueil de la différence, le courage d’innover dans la fidélité en renonçant à soi plutôt qu’à l’amour des autres, tout cela se vérifie concrètement aux paroles et surtout aux actes.

Quand un couple en crise menace de se déchirer, sachons lui recommander de se poser la question de sa fidélité aux exigences de l’amour. Et n’hésitons pas à nous laisser instruire par l’Évangile pour éclaircir ces exigences, car l’amour est un et Jésus nous l’a révélé en pleine lumière. Agissons de même dans les questions politiques, et par exemple au sujet de la construction européenne. Si les Anglais la quittent, c’est aussi à cause de ses infidélités à son idée directrice d’origine qui était la réconciliation des peuples dans la justice pour conjurer le spectre des guerres et des horreurs du vingtième siècle.

C’est maintenant que s’écrit l’histoire, celle de chacun d’entre nous et celle de l’Humanité en ce monde. Quand nous choisissons de nous sauver nous-mêmes, notre apparente liberté n’est qu’un exil hors de notre humanité. Au contraire, le choix de l’unité dans l’amour nous fait sortir de l’esclavage du péché. À tous les niveaux de notre existence, sachons rompre avec le vieil égoïsme et la malédiction de l’orgueil pour entrer dans le Royaume nouveau de l’amour accompli en Jésus Christ.