Dimanche 3 juillet 2013 - 14e Dimanche Année C

L’Église est en croissance

Isaïe 66,10-14 - Psaume 65,1-7.16.20 - Galates 6,14-18 - Luc 10,1-12.17-20
dimanche 3 juillet 2016.
 

Non, je ne veux pas cultiver le paradoxe. Je n’ignore pas que dans notre pays, comme dans la plupart des « vieilles nations », les chiffres sont en baisse d’année en année. Pourtant je constate, au témoignage de saint Luc dans son évangile comme dans les Actes des Apôtres, qu’il est dans la nature de l’Église de grandir sans cesse.

L’envoi des Soixante-douze que nous entendons aujourd’hui fait écho à celui des Douze qui ouvrait le chapitre précédent. En si peu de temps, le nombre des ministres de l’Évangile est donc multiplié par sept ! Encore cela semble-t-il au Seigneur bien insuffisant au regard de la tâche qui s’annonce puisqu’il recommande aussitôt aux nouveaux de prier pour que leur soient envoyés des renforts.

Loin de rester le privilège du commencement avec le Christ, nous voyons ce mouvement se poursuivre de plus belle dans les Actes sous la conduite de Pierre et de Paul. Et nous savons que par la suite les Églises n’ont cessé de grandir et de se multiplier rapidement. Cela se vérifie encore aujourd’hui, frères, en dépit de la « crise » qui frappe notre Occident : vous savez que le christianisme est encore en pleine expansion en maintes régions d’Afrique ou d’Asie.

Alors il est temps pour nous de considérer plus attentivement les deux façons dont l’Église doit croître sans cesse : par la puissance de l’Esprit Saint, les disciples augmentent en nombre et grandissent en sainteté. Or, selon l’idée commune, la sainteté, c’est pour les saints. Quant à nous, nous serions comme tous les autres hommes, ni plus ni moins, avec du bon et du mauvais en chacun. Alors, la proportion serait-elle fixée lors de la fabrication, comme pour un fromage de montagne plus ou moins brebis et plus ou moins vache ? Ou y a-t-il vraiment une possibilité de progression et, dans ce cas, comment en prendre le chemin plutôt que de stagner dans la médiocrité et la tiédeur dont nous savons qu’elles ne plaisent guère au Seigneur ?

Le chemin, vous le savez, c’est Jésus lui-même à qui la prière nous unit efficacement. Or, ce n’est pas compliqué de prier : il suffit de le vouloir et de se rappeler la Parole. Laissez-vous remplir des mots de l’Écriture, faites-les résonner en vous, croyez ce qu’ils disent plutôt que votre propre sentiment. Vous avez envie de médire ? Rappelez-vous : « Ne jugez pas ». Vous êtes timorés pour accomplir le bien ? Rappelez-vous : « N’ayez pas peur ». Vous avez péché, ou même vous êtes en train de pécher ? Rappelez-vous : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » et « Va et ne pèche plus ».

Surtout, rappelons-nous l’amour et l’amitié du Christ qui donne sa vie pour la nôtre, de pécheurs et de mécréants. Et quand nous manquons de foi, disons avec le père de l’enfant mourant : « Je crois, viens en aide à mon peu de foi ». En tout cas, croyons, frères et sœurs, que tout cela ne sera pas sans effet, car « Ma parole ne me revient pas sans avoir réalisé ce que je désire », dit le Seigneur au livre d’Isaïe.

Or, ce que désire Dieu, c’est que notre cœur se change en un cœur de chair, semblable à celui de son Christ. Cela n’arrive pas immédiatement ni totalement : nos résistances sont profondes et innombrables. Mais cela arrive réellement, et de plus en plus, à mesure que nous nous laissons faire par la grâce. Ne nous lassons pas de nous reconnaître pécheurs, enclins à céder à nos passions et à l’hostilité. Ne cessons pas de le regretter devant Dieu en comptant sur sa miséricorde et sur la puissance de son Esprit Saint.

Le régime ordinaire de la conversion n’est ni triste ni pénible : il consiste en la reconnaissance joyeuse de l’amour de Dieu à l’œuvre dans nos vies et dans le monde ! Mais, bien sûr, il n’exclut pas pour autant les batailles parfois dures et coûteuses du combat spirituel. Ne craignons pas de l’affronter : son issue est sûre, puisque le Christ est vainqueur ; et ses bienfaits sont magnifiques.

En réalité, cette croissance de l’Église en la sanctification des fidèles est non seulement nécessaire à chacun, mais aussi essentielle pour la propagation de la foi et donc pour la croissance en nombre des disciples. Les deux sont si liés qu’il est permis de penser que la crise que nous traversons en termes quantitatifs révèle notre affaiblissement qualitatif. En somme, si nous grandissons en sainteté par notre ardeur à nous laisser sanctifier, Dieu ne manquera pas de nous faire croître en nombre en favorisant la conversion des hommes attirés au Christ par le témoignage de notre vie.

Rendons grâce, frères et sœurs, car ici, maintenant, l’Esprit Saint fait grandir le Christ en nous, et donc l’Église à la gloire de Dieu le Père.