Dimanche 17 juillet 2016 à Aix en Provence - 16e Dimanche Année C

À quoi ça sert de jouer ?

Genèse 18,1-10a - Psaume 14,1-5 - Colossiens 1,24-28 - Luc 10,38-42
dimanche 17 juillet 2016.
 

Normalement, à rien. Ou bien à tout ? Par définition, jouer est gratuit : s’il y a un enjeu, ce n’est plus seulement du jeu. Les enfants sont maîtres en jeu pur. Les amoureux aussi. Pour eux, ce qui compte, c’est l’autre : échanger, partager, communier avec lui. Alors le jeu est le lieu de l’essentiel qui se suffit à lui-même et donc n’a besoin de servir à rien, et pourtant dont tout le reste dépend. Car la qualité de la relation de ceux qui s’aiment colore et anime tous leurs rapports.

Sans doute est-ce pour cela que Jésus reprend Marthe d’une façon qui peut nous étonner. Comment lui reprocher de faire le service et de trouver mauvais de n’être pas aidée ? Mais le défaut de son intervention réside sans doute dans ce qu’elle trahit de sa relation à sa sœur. Pourquoi ne pas s’adresser directement à elle ? Ne serait-elle pas un peu jalouse ? Mais la réponse cinglante de Jésus ne pourrait qu’attiser ce sentiment pénible !

En réalité, Marthe n’est pas privée de la meilleure part, si du moins elle ne s’en prive pas elle-même. Sa relation d’attachement et d’amour au Christ n’est-elle pas la source de son activité généreuse ? Or, cette relation doit habiter et guider cette activité. Mais ici, en regardant sa sœur d’un mauvais œil, Marthe trahit l’altération de sa fidélité à la parole du Seigneur. C’est pourquoi Jésus la rappelle à l’essentiel si bien chanté par saint Paul : la charité sans laquelle toutes les œuvres ne sont que vanité et bruit pour rien.

Bien sûr, Jésus aime autant Marthe que Marie, et il ne veut pas lui faire de peine en la reprenant, pas plus qu’il n’entend chagriner Pierre quand il lui rappelle son reniement. Mais pour cette « maîtresse de maison » comme pour celui qu’il fait premier Apôtre, il est particulièrement nécessaire que l’humilité accompagne la grandeur de la charge et que jamais la fonction de gouvernement des personnes ne s’exerce sans la charité qui doit y présider. Notamment, faire servir les autres ne doit pas devenir les asservir au mépris de leur liberté d’enfants de Dieu qui écoutent sa parole.

Le Seigneur veille ainsi jalousement sur la qualité de la relation de ses principaux ministres avec leurs ouailles par amour autant pour les ministres que pour ses autres brebis. En effet, la tentation de l’orgueil et de la dureté dans l’exercice du pouvoir sont des épreuves pour eux dans lesquelles le Seigneur veut leur porter assistance, comme il aide tous ses disciples dans toutes leurs épreuves. Chacun doit pouvoir dire à sa façon avec le Psalmiste : « Ma chair et mon cœur sont usés, ma part, le roc de mon cœur, c’est Dieu pour toujours. »

Car la part de chacun est le Seigneur lui-même, et il n’en est pas de meilleure. Notre communion avec Jésus est notre bonheur dès maintenant, en notre temps où elle se vit sur son chemin de croix, jusqu’au jour de sa venue dans la gloire. Ce jour-là, c’en sera fini du régime de toute servitude : il ne restera plus que la joie de jouer la musique des louanges célestes avec et par celui qui - au témoignage du Livre des Proverbes -, Sagesse incréée, jouait à chaque instant devant le Père dans la liberté des origines, faisant les délices de Dieu et trouvant ses délices avec les enfants des homme.