Dimanche 31 juillet 2016 à Saint-Pierre du Mont (40) - 18e Dimanche Année C

Un thème fréquent de l’horreur est l’écrasement progressif

Qohélet 1,2 et 2,21-23 - Psaume 89,3-6.12-14.17 - Colossiens 3,1-5.9-11 - Luc 12,13-21
dimanche 31 juillet 2016.
 

Un thème fréquent de l’horreur est l’écrasement progressif par des murs qui se resserrent tandis que le plafond descend inexorablement.

Le malheureux ainsi oppressé voit son horizon se rapprocher et son air vital se raréfier jusqu’à l’extrême de l’angoisse. Impuissant, il serait prêt à tout pour défoncer les parois qui le pressent, mais ses forces sont dérisoires face à l’implacable puissance qui entreprend de l’anéantir. L’égaré de notre temps ressemble à ce condamné, sauf qu’il n’est guère conscient de ce qui lui arrive : son écrasement est intérieur et il le prend pour une évasion.

L’homme de notre parabole aujourd’hui, qualifié de fou par le Seigneur, en est un exemple type. Avez-vous remarqué qu’il semble n’avoir ni femme ni enfants ? Il est seul avec ses pensées égoïstes. Sans doute croit-il que tout va bien pour lui. Mais une pareille négation pratique de son entourage humain ne peut aller sans une angoisse profonde qu’il noie dans la poursuite des satisfactions physiques et l’illusion de maîtriser son destin. C’est une sorte d’Oncle Picsou : son coffre-fort est grand comme un silo à grain où il plonge, mais dans sa tête et dans son cœur, c’est une petite boîte où il s’enferme, se rabougrit et s’asphyxie.

Certes, tous les hommes de tous les temps sont portés au même égoïsme. Mais notre époque est marquée d’un matérialisme sans précédent. Jamais comme aujourd’hui les personnes et les nations n’ont concouru âprement pour s’assurer la possession des ressources et des richesses terrestres sans considération d’une loi divine qui proclame la destination universelle des biens. C’est ce que le pape François appelle la guerre des intérêts qui fait rage maintenant dans le monde.

Et les prétendus « combattants martyrs » que de puissants criminels envoient commettre les monstrueux assassinats qui nous terrorisent sont eux-mêmes des victimes de cette guerre. Recrutés par écran interposé, ils sont si absorbés par la propagande qui les transforme en zombies qu’ils n’ont aucune conscience de leur enfermement intérieur, ni bien sûr d’aucune morale. Il sont déjà spirituellement morts quand ils passent à l’action pour un suicide aussi démonstratif qu’halluciné.

Dénoncer les uns et les autres est sans doute nécessaire, et les combattre aussi. Mais en aucun cas cela ne saurait constituer une stratégie assez efficace de lutte contre le fléau d’où découlent les diverses formes de violence qui nous blessent et nous terrifient.

Nous qui portons au cœur l’Évangile du Christ pauvre et généreux dans le don de soi sans limites, rendons grâce pour la paix intérieure et la liberté qu’il nous donne par la foi et prenons en pitié les hommes enfermés dans l’ignorance et l’illusion. Nous leur devons la parole de Dieu dans toute sa vérité : c’est l’héritage inestimable que nous avons reçu de nos pères et qu’il nous incombe de transmettre à tous les enfants des hommes. Si nous proclamons fidèlement par notre bouche et par toute notre vie le salut en Jésus Christ, nous sommes les libérateurs même de ceux qui nient leur propre esclavage du péché.

C’est ainsi que les moines de Tibhirine naguère, et le Père Jacques Hamel mardi dernier, furent de puissants témoins du Royaume de Dieu en notre temps. Ils ont vécu la victoire du Fils scellée sur la croix, jour après jour, par leur charité fidèle et invincible, jusqu’à l’heure suprême de la mort dont ils ont fait une offrande de leur vie pour le salut du monde. Ils continuent à prier pour nous, pour notre pays, pour toutes les victimes, et pour les assassins aussi. Leur combat fut et demeure efficace, n’hésitons pas à les imiter sans craindre la mort, mais plutôt de manquer aux exigences de notre vocation sainte.

Seul l’amour est plus fort que l’horreur. Il fait reculer les murs de toute oppression, il repousse les couvercles de plomb des idéologies homicides, il élargit l’espace et l’emplit de l’Esprit qui pardonne et guérit. Il ouvre des horizons vers Dieu par-delà les perspectives les plus sombres. Plus précieux infiniment que l’or, il remplit de joie aujourd’hui ceux qui l’accueillent jusque dans les pires épreuves. Il sera leur bonheur éternellement.