Dimanche 7 août 2016 à Saint-Pierre du Mont (40) - 19e Dimanche Année C

Nous passons notre temps à préparer l’avenir

Sagesse 18,6-9 - Psaume 32,1.12.18-20.22 - Hébreux 11,1-2.8-19 - Luc 12,32-48
dimanche 7 août 2016.
 

Les vacances d’été servent d’ailleurs en particulier à essayer d’oublier pendant un moment les préoccupations habituelles de l’année. Mais voyez : août est à peine commencé que déjà nous pensons tous à la rentrée.

Les textes liturgiques aussi basculent aujourd’hui : dans notre lecture suivie de l’évangile de saint Luc, nous entrons dans la période de l’annonce du retour du Christ en gloire. Et déjà nous sommes invités à préparer cette venue et l’avenir qu’elle nous ouvrira.

Les jeunes gens qui s’aiment et veulent construire une maison commune se promettent mariage et, dès lors, entrent dans une succession sans fin de préparatifs de leur avenir : la célébration de leur alliance, sa réalisation en des enfants nés de leur chair, puis l’avenir de ces enfants, ensuite celui des enfants de leurs enfants... Et tel est le bonheur de cette vie qui passe et se transmet. Génération malheureuse que celle qui proclamait, pour manifeste de refus d’espérance : "no future" (pas d’avenir). Qu’est-elle devenue ? Et où en sommes-nous maintenant ?

« La foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas » : cette phrase de la lettre aux Hébreux que nous venons d’entendre parle précisément de la foi des fils d’Abraham, bien sûr. Mais voyez comme elle peut se comprendre pour cette foi naturelle en la vie que j’évoquais : ceux qui vivent en préparant l’avenir qu’ils espèrent croient à la vie qu’ils transmettent, c’est pourquoi ils possèdent déjà d’une certaine façon ce qu’ils espèrent. Et comme la raison de leur foi en la vie est l’amour qui les unit, entre eux et avec leurs enfants, ils connaissent déjà ce Dieu que personne ne voit et auquel beaucoup ne croient pas.

Sans doute, l’ignorance ou l’oubli de la Révélation de Dieu accomplie en Jésus Christ est un manque profond et un véritable malheur dans la mesure où, sans elle, nous ne sommes pas de taille à vaincre le mal qui rôde et frappe dans le monde. Mais la perte de la foi naturelle en la vie nous laisse tout simplement tomber dans le pire : la culture de mort qui fait rage aujourd’hui. En effet, la meilleure façon de trouver le bonheur n’est pas de borner sa quête à la poursuite des satisfactions matérielles de l’instant. Cette stratégie est même sûrement perdante, et très rapidement. Elle mène la jeunesse à l’excès puis à la lassitude, et souvent au désespoir : les jeunes se donnent la mort par peur de vivre. Quant à la vieillesse qui peut, elle, s’y habituer, elle risque de ressembler à ce fou de dimanche dernier qui construisait de nouveaux greniers plus grands, sans doute pour y noyer l’angoisse toujours croissante du vide de son existence périssable : les vieux pourrissent la vie par égoïsme quand ils ont peur de mourir.

C’est pourquoi les disciples du Christ doivent se montrer sans cesse d’abord témoins de l’estime et de l’amour de Dieu pour toute vie telle qu’elle est, faute de quoi leur témoignage de la Rédemption risquerait de sonner faux, et de l’être en fait. Ainsi, un dégoût de la vie, accompagné de mépris pour les hommes, qui s’autoriserait de l’attente de la venue du Christ disqualifierait l’annonce de cette venue.

Au contraire, la joyeuse façon dont nous vivons le temps présent en préparant l’avenir sans limiter notre horizon à celui des réalités terrestres annonce le Christ de la façon la plus convaincante. D’autant plus, bien sûr, si notre joie ne se laisse pas vaincre par les épreuves mais que, ancrée dans la croix du Fils, elle demeure malgré les souffrances. Car nous ne sommes pas liés par l’impératif de « profiter de la vie » qui sonne comme la maxime de notre époque hédoniste.

Ne craignons donc pas de passer notre temps à préparer l’avenir du Royaume : c’est le chemin du bonheur maintenant.