Dimanche 14 août 2016 - 20e Dimanche Année C

Bien se battre

Jérémie 38,4-6.8-10 - Psaume 39,2-4.18 - Hébreux 12,1-4 - Luc 12,49-53
dimanche 14 août 2016.
 

Il se bat bien, celui qui porte efficacement ses coups et pare ceux qui lui sont destinés. Certes, mais seulement s’il ne se trompe pas d’adversaire ! En la matière, selon toute évidence, commet la plus grosse erreur celui qui lutte contre son camp. Pourtant, j’affirme que nul ne se bat bien si ce n’est contre lui-même.

C’est ainsi, en, effet, que je comprends le passage difficile de l’Évangile que nous venons d’entendre. Comment mieux dire la division de soi contre soi qu’en évoquant celle qui survient entre père et fils ou entre mère et fille ? Si l’enfant entre en rébellion contre ses parents, c’est le plus souvent au titre aussi de ce qu’il a reçu d’eux, mais comme en secret parce que c’était une part refoulée d’eux-mêmes qu’ils n’ont pu cependant empêcher de passer à leurs enfants.

Chacun de nous est divisé en lui-même : le cœur de l’homme est compliqué et malade. Pour le moins, nous portons en nous habituellement de bons et de mauvais sentiments pour les personnes qui nous sont les plus familières. Et mieux vaut que s’expriment aussi les mauvais, car rien n’est pire que le refoulement ou le déni qui empoisonnent le quotidien et préparent de terribles ravages pour le jour où l’explosion ne serait plus évitable. Notre cœur est divisé, mais notre volonté prend parti. Et, Dieu merci, nous prenons en général le parti du meilleur. Mais si la crise survient, le basculement est possible et nous nous étonnons de haïr si fort l’être même que nous avons le plus aimé.

C’est à prendre le parti de l’amour de toutes nos forces et sans retour que le Christ nous appelle. Or, ce choix implique un combat très dur justement contre ce qui en nous s’oppose à l’amour : l’égoïsme, l’orgueil et l’envie. Encore une fois, le pire serait le déni : aller croire que notre cœur est indemne de ces passions funestes ou qu’il en est assez éloigné. Quelle erreur ! Bien au contraire, nous sommes attachés à nos péchés préférés si bien que nous nions qu’ils soient péchés et allons même jusqu’à les appeler mignons.

Dans la lutte contre le péché, nous avons parfois à traiter les autres comme des adversaires. Pourtant, si nous voyons bien le fond des choses, ce n’est que contre leur nocivité que nous luttons, contre la partie mauvaise en eux. Et donc, en fait, nous agissons envers eux comme pour nous-même : en prenant le parti du bien qui est en eux aussi, et en le favorisant d’une manière qui ne peut que leur être bénéfique. En somme, de cette façon, nous les aimons « comme nous-mêmes » en vérité. Ce qui n’est le cas, bien sûr, que si nous refusons toute haine à leur endroit, ainsi que toute mauvaise intention. Du moins devons-nous le vouloir résolument et lutter contre tout mouvement contraire en nous. Ainsi, du début à la fin, ce n’est que contre nous-même que nous luttons, contre la part de nous-même que nous rejetons afin d’accueillir le Christ en plénitude.

N’allons d’ailleurs pas imaginer que nous puissions entrer vraiment dans ce combat ni y faire le moindre progrès si le Christ n’était déjà là, tout au long de la lutte comme à son initiative. Seul ce feu qu’il a allumé sur la terre par sa passion bienheureuse peut brûler en nous ce qui tend à la mort sous de fausses apparences. Car le Malin sait bien nous tenter en parant le mal des prestiges du bon et en brouillant les pistes par sa façon de se faire passer pour un ange de lumière. C’est lui, l’Adversaire : le seul contre qui il faut se battre absolument. Et nous pouvons le faire parce que le Christ l’a vaincu en étant fidèle à l’amour jusqu’à la croix.

Il n’est de bon combat que celui de Jésus Christ : entrons-y avec courage et générosité jusqu’au jour où nous recevrons le prix de sa victoire.