Lundi 15 août 2016 - Assomption de la Vierge Marie

Un sourire de triomphe

Apocalypse 11,19 et 12,1-6.10 - Psaume 44,11-16 - 1 Corinthiens 15,20-27a - Luc 1,39-56
lundi 15 août 2016.
 

Une des religieuses prises en otage par les tueurs du Père Jacques Hamel confiait à « La Vie » qu’après que l’un d’eux eut égorgé le prêtre, l’autre s’est tourné vers elle et l’a regardée en souriant. « Ce n’était pas un sourire de triomphe, mais un sourire doux : le sourire d’un homme heureux. »

Ce détail ahurissant et glaçant pour nous apparaît très logique si l’on considère le conditionnement auquel sont soumis les prétendus djihadistes. Ils intériorisent une injonction de mort absolument implacable. En témoigne aussi un message reçu par l’un deux : « Tu égorges deux prêtre et puis voilà, c’est fini. » Ils se sentent tout à fait obligés de « passer à l’action » : ils s’y sont progressivement engagés jusqu’au point de non retour. En même temps, l’angoisse monte en eux de perpétrer un acte aussi inhumain. À tel point que, lorsque l’irréparable est accompli, ils en ressentent un immense soulagement.

Le soi-disant État Islamique n’existe que depuis peu, mais la perversion extrême qu’il incarne n’est pas nouvelle. Le nazisme a transformé en criminels ignobles des légions d’hommes qui ont déclaré par la suite n’avoir fait que leur devoir en obéissant aux ordres, de même que les serviteurs zélés de la terreur soviétique ou les gardes rouges de la révolution dite culturelle de Mao Tsé Toung, ou encore les Khmers rouges de Pol Pot. La fragilité humaine est telle qu’il est facile à une organisation puissante et résolue de faire commettre les pires abominations à ses séides en les persuadant qu’il s’agit de leur devoir le plus sacré, et qu’ils en recevront grande récompense pour l’avoir accompli, ici-bas ou au-delà, tandis que s’y dérober les expose à de terribles représailles.

L’origine de ces monstruosités est diabolique, assurément, mais leur réalisation est hélas humaine, sans aucun doute. Il est possible et nécessaire de les combattre par tous les moyens légitimes, mais pour éradiquer tout à fait le mal il faudrait vaincre le diable lui-même. Déclarer qu’il n’existe pas ne suffit visiblement pas : les penseurs rationalistes du 19e siècle, héritiers des Lumières, ont bien cru que les sciences et l’instruction publique universelle dissiperaient toutes ténèbres au cœur de l’homme et du monde, mais le 20e siècle a trop clairement montré qu’ils se trompaient. La Raison n’a pas eu raison du diable en le niant. Les chars ni les chasseurs n’auront sa peau aujourd’hui.

L’Assomption de la Vierge Marie que nous fêtons est la preuve éclatante de la victoire sur le Mal obtenue par le Christ sur la croix. Celle qui s’élève au plus haut des cieux représente, à la suite de son Fils, toute l’humanité enfin libérée du péché et de la mort. Son sourire en ce jour de gloire, tel qu’il est chanté dans le Psaume 44 que nous venons de prier ensemble, n’est pas de triomphe, mais d’accueil et de bienveillance. Pourtant, c’est bien son triomphe en participation à celui du Fils de Dieu que nous célébrons aujourd’hui. Mais son humilité de Servante du Seigneur reste intacte, comme celle du parfait Serviteur qu’est Jésus, Image parfaite du Père.

On s’imagine souvent que Dieu exigerait des hommes qu’ils croient en lui et le servent. D’où le fier refus de beaucoup. Mais, en réalité, Dieu offre aux hommes la foi, et précisément de croire qu’il s’est fait leur Serviteur. Certes, cette foi nous entraîne à le suivre sur le chemin du don de soi par amour de l’autre jusqu’à extinction de l’orgueil, de l’égoïsme et de l’envie. Mais qui ne comprendrait que là est justement notre salut ? Qui ne verrait que là réussit l’injonction de vie qui résume l’amour dont nous voulons tous, « Vis, car je t’aime ! », même lorsque dans notre égarement nous cédons à l’injonction de mort qui nous aliène ?

Pour vaincre ce qui en nous s’oppose à la belle reddition de la foi, cette raideur d’un amour-propre mal placé et mal inspiré car soufflé par le Mauvais, regardons le sourire de la bienheureuse Vierge Marie aujourd’hui : le plus humble et le plus doux sourire de triomphe qui jamais fut au monde.