Dimanche 28 août 2016 - 22e Dimanche Année C

En plein jour le ciel est plein d’étoiles

Siracide 3,17-18.20.28-29 - Psaume 67,4-7.10-11 - Hébreux 12,18-19.22-24a - Luc 14,1a.7-14
dimanche 28 août 2016.
 

Mais on ne les voit pas car devant le soleil tous les astres s’effacent. Sauf un peu la lune, quand elle est bien lunée. Il en va de même pour nos grandes passions : souvent, l’une prend le dessus au point d’inhiber toutes les autres. C’est le cas d’habitude pour le sentiment amoureux. D’ailleurs, nous avons le goût des passions exclusives. Il nous plaît d’élever la préférée si haut qu’il ne reste qu’elle : c’est la seule, l’unique, la vraie, il n’y en a pas d’autre. Jusqu’au jour où l’idole quitte son piédestal pour laisser place à la nouvelle favorite.

Réciproquement et fort logiquement, nous voulons occuper la première place, ainsi que le remarque Jésus dans l’évangile. Or, non seulement il ne condamne pas ce désir mais, au contraire, il semble l’encourager en nous donnant des conseils pour le satisfaire de la façon la plus éclatante et la plus durable. Simplement, une question nous vient pourtant à l’esprit : pourquoi donner ce conseil à tous les invités alors que, par définition, il n’y a de place que pour un seul à la première place ?

Un paradoxe semblable se trouve dans le passage de la lettre aux Hébreux que nous avons entendu en deuxième lecture : si « l’assemblée des premiers-nés » peuple la Jérusalem céleste, qu’en est-il des puînés ? À moins de considérer qu’ils sont d’emblée disqualifiés parce qu’il n’ont pas eu la chance de venir avant les autres, il faut admettre qu’ils sont recréés premiers-nés eux aussi dans la grâce de leur salut. Bien plus, chacun est reçu par le Père comme son unique Premier-né de toute éternité, par adoption sinon par nature.

Voilà donc la solution de l’énigme posée par la parole du Seigneur qui semblait un banal conseil donné aux ambitieux de ce monde : vous qui voulez la première place, visez rien moins que celle qui est à la droite de Dieu ! Et pour cela, n’hésitez pas à prendre, à la suite du Christ, la dernière ici-bas. Si donc vous accueillez cette parole, mettez-la en pratique en recevant à vos fêtes ceux que le monde rejette et considère comme moins que rien : en agissant ainsi, vous serez semblables à votre Père qui est dans les cieux et qui veut faire de vous ses commensaux pour l’éternité, alors que vous n’aviez aucun titre pour prétendre à cet honneur ni à cette félicité.

Car Dieu est un soleil auprès de qui tous les dieux de ce monde ne sont rien : au regard de la foi, ils pâlissent et disparaissent, même lorsqu’ils fascinent encore les hommes enfermés dans les ténèbres de l’incroyance et qui se laissent mener par ces lucioles éphémères. Seuls brillent encore ici-bas aux yeux des fidèles, comme la lune pâle dans un ciel clair, les disciples qui reflètent la sainteté de Dieu dans la mesure où ils s’en laissent revêtir. Mais leur éclat n’est rien à côté de ce qu’il sera au dernier jour.

Au temps de la Venue, en effet, non seulement la splendeur infinie de Dieu ne fera pas s’évanouir la clarté de la multitude des élus - tels ces astres que l’aurore efface du ciel -, mais il leur donnera de briller comme lui-même, chacun à l’égal du Premier-né avant toute création.

Vivons donc, frères, en rendant témoignage à l’espérance de ce Jour où nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est. Ce jour où remplira l’univers la gloire immense de l’Amour qui n’a pas reculé devant la croix pour arracher les pécheurs à l’ombre de la mort et les établir dans sa propre félicité pour les siècles des siècles.