Dimanche 4 septembre 2016 - 23e Dimanche Année C

Allez-vous vous y retrouver ?

Sagesse 9,13-18b - Psaume 89,3-6.12-14.17 - Philémon 9b-10.12-17 - Luc 14,25-33
dimanche 4 septembre 2016.
 

Investir dans une opération de prestige sera-t-il payant, au bout du compte, pour votre image de marque ? Entrer en conflit et déclencher la bagarre vous profitera-t-il finalement ? Ces questions sont légitimes en affaires comme en politique, et même il est raisonnablement nécessaire de se les poser.

Mais s’il s’agit de Dieu ? Jésus nous dit qu’il serait absurde de vouloir le défier ou l’impressionner. Qui pourrait se croire capable de bâtir une tour qui touche le ciel ? Cette folie, pourtant vient au cœur de l’homme qui aurait meilleur compte à se laisser prendre dans les bras par le Père plein de tendresse et de miséricorde. Qui oserait l’épreuve de force avec le Roi de l’univers ? Certains, pourtant, poussent le délire jusque-là. Ils feraient mieux de s’en remettre à lui pour les délivrer du malin qui leur inspire la révolte pour mieux les asservir au péché.

Jusque-là, toute personne sensée ne pourra qu’acquiescer : si Dieu il y a, l’homme n’est pas de taille à l’affronter. Mais qu’en est-il de l’homme pour l’homme ? Ai-je toujours intérêt à m’imposer à ceux que je peux dominer et à battre ceux qui ne peuvent me résister ? Vais-je m’y retrouver, dans une telle conduite inspirée par la volonté de puissance et l’agressivité ?

Et si le conseil de l’Apôtre, de nous revêtir d’humilité, de patience et de douceur dans nos rapports mutuels, s’avérait judicieux ? Dans son billet à Philémon, nous l’avons entendu, il lui présente comme une bonne affaire l’affranchissement d’Onésime : « Tu le retrouveras comme un frère ». Semblablement, combien de fois n’aurions-nous pas intérêt à renoncer à l’autre comme victime, pigeon, ennemi ou adversaire pour le retrouver comme frère ?

C’est l’évidence dans les rapports amoureux : si l’un et l’autre ne mettent pas en veilleuse leur volonté de puissance et de prédation sur l’autre par goût d’une relation vraiment affectueuse et respectueuse, l’amour ne voudra rapidement plus rien dire entre eux. Mais nous devrions y penser dans nos rapports avec tous, d’abord avec nos familiers, ensuite avec les personnes que nous venons à rencontrer, quelles qu’elles soient.

Cette exhortation est, je pense, le sens profond de l’évangile d’aujourd’hui : le Christ qui est allé jusqu’à s’anéantir sur la croix par amour pour chacun de nous, et aussi pour ses bourreaux, nous invite à le suivre sur ce chemin. Le préférer à tous nos proches, c’est renoncer à les posséder, car ils sont au Seigneur plus qu’à nous. Agir ainsi, c’est vraiment renoncer à soi-même. Telle est la croix quotidienne que chacun doit accepter jusqu’au bout de sa vie. Et si nous avions quelque inquiétude à ce sujet, le Seigneur qui est ressuscité peut nous affirmer que nous nous y retrouverons !

Car Dieu ne se laisse pas vaincre en générosité : tout ce que nous aurons donné par amour, tout ce à quoi nous aurons renoncé librement à cause de lui, tout cela nous sera revalu au centuple dès cette vie. Mais, plus que tout, notre propre personne engagée avec courage et générosité dans les combats et les peines de la charité nous sera rendue par-delà sa destruction selon la dure et universelle loi de la mort qui règne encore sur le monde. Elle nous sera donnée à nouveau, plus glorieuse et victorieuse que tout ce dont nous aurions pu rêver ici-bas.

Oui, nous nous y retrouverons, frères et sœurs, si nous renonçons à tout pour le Christ, car nous serons recréés au-delà de toute espérance d’ici-bas dans le Royaume qui vient.