Dimanche 11 septembre 2016 - 24e Dimanche Année C

« Tenaillé par la faim »

Exode 32,7-11.13-14 - Psaume 50,3-4.12-13.17.19- 1 Timothée 1,12-17 - Luc 15,1-32
dimanche 11 septembre 2016.
 

Pourquoi « tenaillé » ? Parce qu’au Moyen-Âge, les tenailles rougies au feu étaient l’instrument de torture le plus courant. Peu y pensent en utilisant cette expression qui d’ailleurs n’est plus courante. On dit aussi : « tenaillé par le remords ». Dieu merci, dans notre pays, les suspects ne sont plus soumis à la question, et l’on n’y souffre plus des famines d’antan.

Pourtant, certains en font encore l’expérience aujourd’hui. Je connais une jeune femme qui travaillait justement pour « Action contre la faim » et qui a été retenue en otage pendant dix mois. Parmi ses épreuves les plus graves, elle citait la faim, « cette indignité ». Je me rappelle aussi le vieux Père Vachette qui me racontait sa capture par les Allemands en 1940 : le sentiment qu’il avait éprouvé alors fut une terrible honte. Non seulement les victimes d’une violence injuste en souffrent dans leur chair, mais ils s’en sentent profondément humiliés. Combien plus ceux qui sont réellement coupables dans une certaine mesure.

Le prodigue de la parabole était tenaillé par la faim ; par le remords, c’est moins sûr. Mais il ne pouvait qu’avoir honte de sa situation : être réduit à manger la nourriture des porcs, et même à regretter d’en être privé, pour un juif, c’est un comble ! Sa part de responsabilité dans la déchéance qui l’accable, sans être forcément ce qu’en dit l’aîné par jalousie, n’est sûrement pas nulle. Et il doit s’en vouloir terriblement.

Quant au père, nous devinons à l’accueil qu’il fait à son fils perdu l’inquiétude qui devait le ronger tout le temps qu’il était « au diable ». « Comme il était encore loin, son père l’aperçut » nous dit Jésus : il est aisé d’imaginer que, pour cela, il fallait qu’il le guette anxieusement chaque jour. En somme, le père était tenaillé par le désir de voir revenir son enfant.

En revanche, il ne semble pas que l’aîné ait été affecté par le départ du cadet ! Elle est étonnante, non, cette insensibilité du frère ? Il le voit revenir encore marqué des situations de détresse et de dégradation morale épouvantables qu’il a traversées, et tout ce qu’il trouve à dire est pour l’accuser, et accuser son père par-dessus le marché ! Faut-il, pour ne plus sentir du tout la compassion qui doit saisir un frère pour son frère ou l’affection reconnaissante qui étreint un fils pour son père plein de tendresse, qu’il soit anesthésié !

L’anesthésie prouve que ne plus en souffrir ne signifie pas que le mal n’existe pas. En revanche, après une opération réussie, les sensations reviennent en douleurs pour un temps alors que la cause du tourment a été éradiquée.

Mes amis, si nous n’avons plus ni tendresse ni compassion pour nos frères éprouvés, si nous avons perdu le respect du Père des miséricordes qui souffre de la souffrance de chacun de ses enfants et nous envoie son Fils pour le chercher si loin qu’il se soit perdu, jusque sur la croix, c’est que nous sommes anesthésiés. Le mal n’en existe pas moins au fond de notre cœur et nous sommes en grand besoin d’en être guéris. Sinon, le jour où il se réveillera, il sera trop tard.

Que nous tenaille donc maintenant la faim du salut et du retour de nos frères perdus, afin qu’au dernier jour le Fils ne nous dise qu’il ne nous connaît pas : alors nous souffririons pour toujours d’un remords sans remède ! Donnons plutôt maintenant au Seigneur la joie de notre conversion à sa miséricorde et ouvrons-nous un avenir de bonheur fraternel éternel.