Dimanche 18 septembre 2016 - 25e Dimanche Année C

Quand les croyants ne sont pas meilleurs que les autres, ils sont pires

Amos 8,4-7 - Psaume 112,1-2.5-8 - 1 Timothée 2,1-8 - Luc 16,1-13
dimanche 18 septembre 2016.
 

« En effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. » Les juifs radicaux de Qumran qui se désignaient eux-mêmes comme « fils de la lumière » se signalaient par une recherche acharnée de la justice, c’est-à-dire de l’impeccabilité au regard de la Loi. Leur emploi habituel consistait à traquer le moindre manquement et à infliger de dures sanctions aux contrevenants. Cette tendance moraliste impitoyable s’observe aussi dans des communautés chrétiennes depuis les débuts jusqu’à nos jours, et ce n’est hélas sans doute pas fini.

Certes, les fidèles doivent s’efforcer d’éviter le péché et même de se reprendre les uns les autres avec zèle. Mais si la miséricorde ne passe pas par-dessus tout, même la justice est odieuse. Le pape François disait récemment : « Tuer au nom de Dieu est satanique ». De même, priver quiconque de pain ou de dignité au nom d’une cause prétendue sainte est satanique. Les rigoristes ruinent tout : ils bafouent l’humanité ordinaire dans sa nature de besoin et ils se rendent incapables d’accueillir les biens supérieurs et spirituels qu’ils voudraient monopoliser.

Écoutons bien ce que nous dit Jésus aujourd’hui : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera le premier et aimera le second, ou bien il s’attachera au premier et méprisera le second. » Comme le précise la suite, le premier, c’est Dieu, le second, c’est l’Argent ; ou plutôt littéralement « Mammon », c’est-à-dire la personnification de toute espèce de biens de ce monde que l’on peut acheter ou vendre. Quant au verbe « mépriser », il traduit le grec kataphronéô qu’on pourrait rendre par « considérer de haut ». En effet, il ne s’agit pas tant de mépris que de hauteur de vue : il ne faut pas se soumettre à l’argent, mais le mettre à sa juste place dans l’échelle des valeurs, et garder la maîtrise de son usage. Idolâtrer la richesse conduit à haïr Dieu. Tandis que s’attacher à Dieu porte à relativiser la richesse de manière à bien en user. Voilà ce que nous dit Jésus aujourd’hui.

Ainsi, cet évangile, contrairement à ce que suggère une interprétation superficielle, n’est pas « contre l’argent », au contraire : il en dit l’importance et exhorte à bien s’en servir, c’est-à-dire selon le principe de la « destination universelle des biens ». D’ailleurs, la traduction « argent malhonnête » est trompeuse : il s’agit littéralement du « Mammon d’injustice », c’est-à-dire des richesses qui sont réparties inégalement souvent de manière injuste : pourquoi tel enfant naît-il dans un pays en guerre et frappé par la famine et tel autre dans la paix et la prospérité ? Ainsi, Jésus ne nous incite pas à nous faire des amis avec de l’argent malhonnête, mais avec les biens de la terre en corrigeant un peu leur répartition injuste.

Il faut donc que l’argent serve car, s’il est mauvais maître, c’est un bon serviteur. L’avarice et la rapacité dénoncées par le prophète Amos sont mille fois pires que la prodigalité excessive. L’usage large et généreux des biens de la terre est le signe et la condition de possibilité de l’accueil et du partage des réalités proprement divines et surnaturelles. En somme, si vous ne savez pas profiter ensemble des biens de la terre, comment pourrez-vous prétendre vous aimer les uns les autres et honorer Dieu de ses dons ?

Soyons donc généreux avec les réalités de ce monde, et nous serons les fils du Très-Haut, brillant au milieu des hommes comme l’espérance du Royaume nouveau. Et montrons-nous miséricordieux les uns avec les autres : ainsi nous serons le témoignage de l’Amour même en actes.