Dimanche 2 octobre 2016 - 27e Dimanche Année C

Je n’y arrive pas ! Qu’est-ce qui me manque ?

Habacuc 1,2-3 et 2,2-4 - Psaume 94,1-2.6-9 - 2 Timothée 1,6-8.13-14 - Luc 17,5-10
dimanche 2 octobre 2016.
 

La question est plus ou moins dramatique selon qu’elle porte sur des moyens matériels, comme une clé ou un tournevis, ou financiers, et qu’il s’agit de dix, de mille ou de cent mille d’euros, ou humains, comme un talent, une qualité, une compétence, ou bien encore spirituels. Par exemple : j’ai beau prier, je n’arrive à rien. Or, là est bien le sujet de notre évangile.

C’est particulièrement clair au regard du contexte dans le parallèle matthéen : si les Apôtres n’ont pu guérir un épileptique c’est, dit Jésus, à cause de leur « peu de foi ». Ici, leur requête « Augmente en nous la foi » suit l’injonction du Seigneur qui commande à chacun de pardonner sans limite au frère qui a commis une faute contre lui. On comprend qu’ils se sentent en difficulté ! Mais pourquoi Jésus réagit-il comme s’il était excédé ? N’est-ce pas parce que les Apôtres raisonnent en termes de pouvoir alors qu’il s’agit de prière et de foi ?

N’est-ce pas aussi notre tendance, frères et sœurs ? Nous comptons sur le nombre d’intercesseurs réunis parce que l’union fait la force, nous spéculons sur la puissance de la prière de tel ou tel à qui nous confions une intention en raison de sa foi formidable. Le risque évident est qu’il ne s’agisse plus d’une prière, d’une humble demande, mais d’une pression, voire d’une pratique magique.

Or, la mini parabole de l’arbre planté dans la mer est transparente pour les auditeurs chrétiens que nous sommes : elle prophétise la croix du Seigneur, l’arbre de Vie qu’est le Christ planté dans l’océan des violences et des haines humaines. Toute demande de notre part devrait se couler dans la prière de Jésus au Jardin des Oliviers : s’il est possible, Père, exauce-nous comme nous le demandons, mais que ta volonté soit faite et non la nôtre. Quant à la foi comme une graine, elle consiste à croire qu’en vérité Dieu nous a pleinement exaucés en agréant le sacrifice de son Fils et en le ressuscitant pour notre sanctification. Ainsi, toute prière ancrée dans la foi sans laquelle elle serait vaine est d’abord action de grâce pour le salut en Jésus Christ. Et donc demande d’enfants reconnaissants et pleins de confiance en leur Père très aimant.

Bien sûr, ce Père miséricordieux ne nous interdit pas de nous tourner vers lui en toute circonstance pour implorer la satisfaction de nos besoins et la protection contre le mal. Au contraire, Jésus nous enseigne à le faire ! Mais il nous a aussi donné l’exemple en acceptant de passer par ces souffrances et cette mort qui lui faisaient horreur, et de n’être exaucé par la résurrection qu’après la Passion, au temps fixé par le Père. C’est pourquoi un vrai fils de Dieu peut se dire : « J’ai demandé, c’est l’essentiel ; maintenant, quoi qu’il arrive, je l’accepte, je le recevrai de la main du Père. De même que je suis inutile une fois mon service accompli, de même j’ai fait mon devoir dès lors que j’ai prié et agi selon tout mon pouvoir. »

Tel est le sens de la parabole du serviteur de retour des champs. Même s’il trouve la charge lourde et l’épreuve longue, il devra aller au bout de son service avant d’entrer dans sa récompense. Encore une fois, si nous trouvons Jésus un peu dur dans ce propos, pensons à la dureté du sort qu’il a enduré pour nous. Et acceptons par amour, comme lui, ce qui nous est demandé par le Père dont la tendresse est certaine aux yeux et au cœur de son enfant bien-aimé dans la foi. Comme dit le Seigneur au prophète Habacuc, ce que tu as désiré viendra sûrement sans retard, en son temps.

Ne nous plaignons donc pas de notre foi trop faible en demandant plus de force pour arriver à obtenir ce que nous voulons, ou une clef plus adéquate pour ouvrir le cœur de Dieu. Soyons plutôt les tabernacles de la foi de l’Église en toute fidélité, car elle est parfaite, il ne lui manque rien, et le Seigneur la comblera de tout.