Dimanche 9 octobre 2016 - 28e Dimanche Année C

« Nominal » ou Quand ce qui est bien prévu émerveille et surprend

2 Rois 15,14-17 - Psaume 97,1-4a.6b - 2 Timothée 2,8-13 - Luc 17,11-19
dimanche 9 octobre 2016.
 

« Nominal » : cet adjectif rare est utilisé en astronautique pour signifier, par exemple, qu’une trajectoire effective est conforme aux calculs préalables et que cela se déroule donc comme prévu. Alors pourquoi ne pas dire plus simplement que tout se passe « normalement » ? Parce que le normal ne déclenche pas l’enthousiasme et le ravissement que provoque le nominal. En effet, s’agissant d’une fusée, quand elle réalise exactement les prévisions, c’est toujours une merveilleuse surprise.

Dans notre évangile d’aujourd’hui, où est le normal et où le nominal ? Les neuf lépreux juifs guéris, conformément aux stipulations de la Loi et à l’ordre de Jésus, se rendent au Temple pour se montrer aux prêtres. N’est-ce pas parfaitement normal ? Le Samaritain, en revanche, ne reconnaît pas le Temple de Jérusalem. Une fois guéri, il n’a aucune envie d’y aller, il a bien plutôt le désir de retourner voir ce « maître » qui est à l’origine de sa guérison. C’est normal ! Alors de quoi donc s’étonne Jésus ?

L’événement le plus remarquable dans ce miracle n’est pas la guérison des neuf Juifs, mais celle du Samaritain. Car il s’agit alors du salut donné non seulement au peuple fidèle, mais aussi à ceux de l’extérieur : les hérétiques et schismatiques d’abord, et bientôt même les païens. Cette guérison-là est nominale plutôt que normale. En effet, elle était prévue, puisque prophétisée en paroles et en actes, notamment par celle de Naaman que nous relate la première lecture, au deuxième Livre des Rois. Mais c’est grande merveille quand Dieu accomplit ses promesses faites depuis longtemps !

Or c’est justement ce que ne semblent pas voir les Juifs guéris. Lépreux, ils avaient pris pour compagnon un Samaritain, malgré le dégoût religieux qu’ils en éprouvaient, afin sans doute d’atteindre le « minyan », le quorum pour constituer un groupe de prière. Guéris, ne devraient-ils pas bien plus saluer l’œuvre de Dieu par Jésus qui, selon les promesses de l’Écriture, venait « rassembler les brebis perdues de la Maison d’Israël » ? Au contraire, le résultat paradoxal de la guérison est la rupture du groupe, la régression au stade de la séparation !

Vous voyez, frères, que dans ce passage il est question d’autre chose que de dire merci ou pas : il s’agit de la prophétie de l’événement évangélique et de son drame. La majorité des Juifs, loin de se réjouir de l’entrée des païens dans l’Alliance, pourtant prophétisée depuis longtemps, s’est enfermée dans un refus qui a aggravé la rupture et la séparation d’avec les païens. Jésus en a pleuré.

Prenons donc garde, frères et sœurs, de passer nous aussi à côté de l’essentiel. Sachons nous émerveiller des œuvres que Dieu accomplit aujourd’hui dans nos cœurs et dans le monde. Si nous le laissons nous sanctifier, nous éprouvons l’effet de sa grâce qui purifie notre cœur de l’orgueil, de l’égoïsme et de toute méchanceté. Si nous accueillons vraiment la foi qui est le don de Dieu, notre regard s’éclaire sur le monde et nous voyons comment l’Esprit Saint inspire les actes de réconciliation et de paix entre les hommes comme entre les peuples.

Que ce monde soit plein de violences et de crimes, mes amis, c’est normal ! Comment en serait-il autrement puisque le Mauvais a pris pouvoir sur le cœur des hommes à cause du péché et qu’il a ainsi mis le pied dans la Création pour y faire entrer la mort et la destruction ? Que le mal recule, que la vie l’emporte, c’est « nominal », c’est-à-dire que c’est l’effet du salut de Dieu en Jésus Christ, annoncé et mis en œuvre depuis l’aube de notre histoire, accompli en ces temps qui sont les derniers. De ces merveilles, rendons grâce de tout notre cœur dans cette Eucharistie !