Dimanche 16 octobre 2016 - 29e Dimanche Année C

Nous sommes en guerre

Exode 17,8-13 - Psaume 120 - 2 Timothée 3,14 à 4,2 - Luc 18,1-8
dimanche 16 octobre 2016.
 

Vraiment ? Mais alors qui est l’ennemi ? Où se passent les batailles ? Et comment les remporter de façon décisive pour obtenir la victoire et la paix ?

Ces questions sont à poser pour vérifier la pertinence d’une telle déclaration d’hostilité. La guerre, c’est sérieux. Un adage en forme de boutade dit même que la guerre est chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires. J’ajouterai que la politique est trop importante pour être laissée à des politiciens. C’est pourquoi sans doute les évêques de France ont pris la peine de publier une adresse aux Français à ce sujet.

Le pape aussi avait, révérence gardée, mis son grain de sel cet été en exhortant les journalistes : « N’ayez pas peur de dire cette vérité : le monde est en guerre ». En précisant ensuite que cette guerre n’est pas une guerre de religions et qu’elle a ses racines dans les questions d’argent, d’accès aux ressources naturelles et de domination des peuples. Et il ajoute : « parmi ses victimes, combien de chrétiens, combien d’innocents, d’enfants ! »

Certes, le pape est bien placé pour porter un regard large sur le monde : les tourments des peuples en Afrique, dans les Amériques, en Asie et en Océanie lui paraissent aussi importants que les inquiétudes européennes. En outre, pape étant, il tient bon dans l’espérance. En somme, il est comme la veuve de l’évangile.

Si nous en restons à l’idée qu’il s’agit juste d’une pauvre femme et de sa querelle personnelle, nous ne comprenons pas la parabole, nous ne voyons pas plus loin que le bout de notre clocher. Car elle représente l’humanité en général, et l’Église en particulier. « L’adversaire » de la veuve signifie le Satan du livre de Job, l’ennemi de Dieu et des hommes qui ne cesse de nous tourmenter et de tenter de nous séparer du Seigneur en éteignant notre foi. L’humanité souffrante crie justice vers le ciel de toute sa misère. Et l’Église porte ce cri dans une espérance invincible car elle croit à la victoire du Christ sur le mal par le don de sa vie sur la croix.

Toute la Bible, Ancien et Nouveau Testament, rend témoignage à Dieu qui a résolu de sauver notre humanité du péché et de la mort, et qui l’a fait en nous donnant son Fils de façon irrévocable. C’est de cela que parle saint Paul quand il enjoint à Timothée de proclamer la Parole. C’est pourquoi notre prière doit être de supplication pour tous les souffrants de la terre d’autant plus qu’elle est d’abord action de grâce pour le salut acquis dans le Christ.

Quand nous, « les élus », prions ainsi nuit et jour, Dieu « patiente sur nous ». C’est en effet ce que dit le texte grec plutôt que « est-ce qu’il les fait attendre ? ». Dieu patiente parce qu’il supporte avec nous ce temps d’angoisse : le Fils est mort une fois pour toutes, mais il accompagne toutes nos épreuves jusqu’à la fin du monde. Dieu patiente aussi parce qu’il laisse le temps à chacun de se convertir. Et cela ne l’empêche pas de « faire justice en vitesse » : aucune prière n’est sans réponse, même si ce n’est pas celle que nous attendions.

Si l’Église cessait de prier ainsi, c’est qu’elle n’aurait plus la foi. Et si l’Église ne l’avait plus, comment y en aurait-il encore sur la terre ? Et que serait la venue du Seigneur en gloire - car il viendra sûrement - dans un monde abandonné à la souffrance et à la désespérance ? C’est une telle perspective que nous devons repousser fermement maintenant, car il dépend de nous que cela n’arrive pas.

Avec l’Esprit saint, crions donc de toute notre foi ancrée dans l’Eucharistie du Christ mort pour vaincre le mal et ressuscité pour nous établir dans l’espérance : « Marana tha ! Viens Seigneur Jésus ! »