Dimanche 23 octobre 2016 - 30e Dimanche Année C

Diriez-vous que vous êtes bien traité ?

Siracide 35,12-14.16-18 - Psaume 33,2-3.16.18.19.23 - 2 Timothée 4,6-8.16-18 - Luc 18,9-14
dimanche 23 octobre 2016.
 

Autrement, dit, êtes-vous satisfait de votre sort ? Estimez-vous que vous avez reçu plus ou moins que ce que vous méritiez ? Ma question est embarrassante, je le sais, parce que ce passif, pour nous, renvoie plus ou moins directement à Dieu. Alors si vous vous déclarez mécontent, vous accusez le Seigneur d’injustice envers vous. Mais si vous vous félicitez de votre état, vous ressemblez au pharisien de la parabole qui ne semble pas vraiment donné en exemple. Comment sortir de ce dilemme ?

L’autre jour, le Père Frédéric-Marie, un Franciscain récemment arrivé à Paris, me parlait de son expérience dans les quartiers difficiles de Marseille. En particulier, il me disait son étonnement de ce que jamais aucun pauvre - et des pauvres, il s’en trouvait dans son ressort ! -, que jamais aucun d’eux n’avait eu au sujet de Dieu d’autre témoignage que de gratitude et de reconnaissance. Pourtant, je devinais que la plupart d’entre eux ressemblaient plus au publicain qu’au pharisien quant à la conscience de leurs péchés.

Alors, changeons de question : diriez-vous que vous avez bien donné ? À l’évidence, la réponse du pharisien est : oui ! Pourtant, je me demande si cette assurance ne cache pas quelque inquiétude. Si ce qu’il affirme est vrai - et nous n’avons pas de raison d’en douter -, il donne plus que ce qui est requis. Mais quel besoin a-t-il alors de venir au Temple produire sa déclaration « en lui-même » ? N’est-ce pas parce que nous sommes tous toujours guettés par ce sentiment désagréable qu’est la mauvaise conscience à l’idée que nous aurions pu faire encore plus ? En ce sens, ce pharisien me rappelle l’homme riche et fidèle observateur de la Loi venant demander à Jésus : « Que me manque-t-il encore ? »

En somme, malgré les apparences, le pharisien n’est pas plus heureux que le publicain. Ce dernier n’a vraiment pas lieu de se féliciter de sa justice : il est probablement cupide et plus ou moins malhonnête, ce qui n’est pas bien. Mais il met sa confiance dans la miséricorde divine, ce qui est l’essentiel. Le premier, lui, a la « chance » de se conduire de manière exemplaire, mais il ne cherche son satisfecit qu’auprès de lui-même, ce qui est une manœuvre désespérée. Imitons chacun d’eux pour ce qu’il a de « juste », et nous nous en trouverons bien.

Sachons d’abord, comme des pauvres, rendre grâce à Dieu de tout ce qu’il nous donne, plutôt que de lui imputer la responsabilité de ce qui nous manque. Croyons, en effet, que notre Père du Ciel n’est cause d’aucun de nos malheurs : seul l’Ennemi nous veut et nous fait du mal ! Voyons plutôt que la grâce tourne toutes nos pauvretés en lieux de rédemption. Ensuite, faisons le bien et reconnaissons que toutes nos bonnes œuvres sont encore des cadeaux de la grâce plutôt que des motifs d’orgueil pour nous-mêmes. Car, de toute façon, nous restons de pauvres pécheurs en grand besoin de la seule justification qui vaille, celle qui nous est obtenue par la croix de Jésus Christ.

Ainsi nous serons contents de notre sort, puisque nous reconnaîtrons que Dieu nous donne tout ce qui est bon, et surtout lui-même. Et nous serons généreux sans risque de mauvaise conscience, puisque ce que Dieu attend de nous, c’est toute œuvre bonne qu’il nous rend capables d’accomplir, et surtout le don de nous-mêmes dans l’action de grâce de son Fils bien-aimé.