Dimanche 5 novembre 1995 - 31e Dimanche Année C

Et si Zachée n’était pas descendu ?

Sagesse 11,23 à 12,2 - Psaume 144,1-2.8-11.13-14 - 2 Thessaloniciens 1,11 à 2,2 - Luc 19,1-10
dimanche 30 octobre 2016.
 

À quoi pensez-vous ? Si je voulais - et si je pouvais ! - inspecter vos pensées, vous ne seriez peut-être pas tranquilles. En effet, il paraît que certains d’entre vous ont des distractions pendant la messe : ils entendent, voient ou font ceci ou cela qui leur fait penser à autre chose. Être inspecté, personne n’aime cela. "Inspecter" vient du latin in-spectare, qui donne "spectateur".

Justement, Zachée ne veut pas rater le spectacle : il veut voir Jésus passer ! Pour cela, il est prêt à courir en avant et à prendre de la hauteur. Et le voilà interpellé. C’est comme si Jésus lui disait : "Ah, tu voulais me voir ? Eh bien nous allons voir ça." Ne dirait-on pas qu’une inspection se prépare ?

Mais, comme inspecteur, Jésus ne paraît pas très compétent. En effet, qui veut préserver son pouvoir de sanction doit se garder de fraterniser avec l’interpelé. Ceux qui ont subi un contrôle fiscal le savent bien. C’est pourquoi les gens, autour de Jésus, protestent : « Le voilà qui va loger chez un pécheur. »

Vous me direz que l’inspecteur des impôts, ce n’est pas Jésus, c’est justement Zachée. En effet, en ce temps-là, percepteur et inspecteur des impôts, c’était tout un. Et Zachée, de voir Jésus chez lui, cela lui fait penser à quelque chose. Cela lui rappelle qu’il faut penser aux pauvres. Et, en plus, qu’il ferait bien de réparer les torts qu’il a commis de-ci, de-là. Si mes comptes sont exacts, les torts en question représentent 12,5 % au maximum de son patrimoine. En effet, je suppose qu’il ne promet pas plus qu’il ne peut tenir. Or, il doit pouvoir « rembourser quatre fois » avec 50% de sa fortune, puisqu’il en a déjà donné la moitié. Et 50 divisé par 4 font 12,5. Ce n’est pas tellement, n’est-ce pas ? Spontanément, nous lui aurions imputé plus que cela, à Zachée. Voyez comme on ne prête qu’aux riches !

Alors, cela nous fait-il un effet comme à Zachée de voir Jésus passer ici par notre messe ? Et de le recevoir chez nous, à la communion ? Allons-nous penser aux pauvres, voir soudain plus clairement le tort que nous avons fait aux autres, penser à le réparer, et à accueillir autrui qui n’est ni meilleur ni pire que nous ?

Sinon, c’est que nous sommes ici physiquement, mais spirituellement ailleurs. Perchés, comme Zachée, sur notre branche intérieure mais peu disposés à descendre sous le regard de Jésus. C’est comme si Zachée n’avait pas bougé, par peur d’être inspecté, peut-être, ou par manque de foi en la miséricorde de Dieu. Quel dommage !

Allons, ne manquons pas l’occasion : descendons à la rencontre de Jésus, et que le salut entre aujourd’hui dans la maison du cœur de chacun de nous.