Dimanche 2 novembre 2016 - Commémoration de tous les fidèles défunts

Je mesure la profondeur de votre peine

2 Timothée 2,8-13 - Psaume 129 - Luc 23,35-43
jeudi 3 novembre 2016.
 

L’affirmation est risquée. Elle signifie une bonne intention : devant le chagrin d’une personne éprouvée, par exemple par un deuil, notre sympathie doit s’efforcer de le prendre en considération dans toute sa réalité et non en rester à un écho formel. Mais n’est-il pas présomptueux de croire pouvoir vraiment en estimer la gravité ?

En outre, deux aspects sont à distinguer soigneusement en la matière : d’une part la douleur de la perte qui constitue un fait brutal et massif, d’autre part la détresse devant la mort d’un être cher dont on ne sait pas où il s’en est allé. Le premier, l’affliction d’une « âme veuve », est aussi implacable qu’une souffrance physique consécutive à une amputation. Le second dépend directement de l’état spirituel de la personne en deuil et de sa vision de ce qui nous attend au-delà de cette vie. Or, les deux aspects peuvent être fort divergents.

Par exemple, je pense à cette jeune femme me relatant que, dans les grandes douleurs de l’accouchement, elle était portée par la joie immense de donner la vie. Ou encore au « bon larron » de notre évangile qui, d’ailleurs, ne devait pas être meilleur que le pire d’entre nous. Mais il était envahi par la foi en celui dont il partageait les tortures, dont il attendait le règne, et de qui il espérait le pardon et la rédemption.

De l’autre côté souffrait aussi l’autre larron, sans doute pas plus mauvais que lui, mais tourmenté de surcroît par l’angoisse et le ressentiment contre celui dont il avait attendu la libération d’Israël et qu’il voyait maintenant mourir impuissant et vaincu.

Croyez bien, frères, que Jésus ne donnait pas moins sa vie pour le désespéré que pour le repentant. Croyez aussi, selon ce que nous enseigne l’Église, que le mystère pascal du Christ a pu rejoindre le révolté par des voies que Dieu seul connaît.

Quant à nous, prions pour accueillir la foi et l’espérance : ainsi nous sera donné de laisser aller nos chers défunts au Seigneur comme une femme met au monde un enfant dans les souffrances, mais aussi portée par la joie secrète de la mise au monde d’un vivant.

Même si ceux que nous pleurons sont partis dans un drame effroyable, même si leur fin fut horrible et désespérée, ne pensez pas que le bras du Seigneur soit trop court pour les atteindre et les relever de l’abime où ils sont tombés. La miséricorde de Dieu est infinie : pour les fidèles, ce n’est pas une formule creuse, mais la confiance sans bornes qu’ils placent dans le Christ à qui ils remettent leurs défunts pour qu’il se souvienne d’eux dans son Royaume.

C’est bien l’attitude spirituelle de l’Église qui célèbre les funérailles des baptisés et recommande aussi les autres à son Seigneur, car, dans l’Esprit, il lui est donné de mesurer la profondeur, la hauteur et la grandeur de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur.