Dimanche 13 novembre 2016 - 33e Dimanche Année C

« Un jour sans fin »

Malachie 3,19-20a - Psaume 97,5-9 - 2 Thessaloniciens 3,7-12 - Luc 21,5-19
dimanche 13 novembre 2016.
 

C’est le titre d’un film au scénario guère vraisemblable, mais dont l’auteur tire une comédie intelligente et savoureuse. Animateur d’événements festifs, le héros se retrouve bloqué par une tempête de neige dans une obscure bourgade de l’Amérique profonde et se réveille chaque matin à la même date que la veille. Tout se reproduit exactement, sauf ses propres actions qu’il peut modifier en fonction de son expérience précédente dont il garde mémoire. C’est ainsi que, progressivement, il en vient à choisir de nouer une relation vraie avec une femme dont on comprend qu’elle sera celle de sa vie. Et le matin suivant le sortilège est rompu : notre moderne Sisyphe, contrairement au malheureux condamné pour l’éternité à rouler son rocher, voir s’ouvrir devant lui un avenir radieux de tendresse, libéré désormais de la redite infernale par cet amour vainqueur du destin.

Le jour de détresse qu’annonce le Seigneur lui aussi semble sans fin recommencé : les guerres, les catastrophes, les famines et les épidémies se reproduisent dans notre histoire et rien ne laisse augurer qu’elles cessent de sitôt. Or, par son sacrifice, le Christ s’est rendu proche de toute désolation humaine. Ce qu’il a vécu lui-même une fois pour toutes, il le revit en chacun de ceux qui rencontrent leur croix. Le jour de la grande épreuve du Seigneur se « rejoue » en ceux qui s’associent à ses souffrances, mais eux savent, de l’expérience du Christ, quelle offrande d’amour il leur est donné de présenter alors avec lui, et quelle récompense leur est promise, ainsi que le soutien de l’Esprit Saint dès le temps de la passion. Cette connaissance de foi permet de vivre autrement les drames qui, dans l’effroyable banalité du mal, touchent tant d’hommes et de femmes de semblable façon, tel l’horrible événement dont notre pays marque aujourd’hui l’anniversaire d’une pierre noire.

En effet, nous croyons et nous savons que le Christ est ressuscité « le troisième jour ». Or, ce jour de victoire sur le péché et sur la mort est désormais aussi présent à tout instant de la vie des hommes. Dans l’Eucharistie, nous célébrons l’un et l’autre jour, et la ferme espérance de la venue du Seigneur au Jour qui ne connaîtra pas de déclin. C’est pourquoi nous appelons avec ardeur, en toute anamnèse : « Viens, Seigneur Jésus ! » Ce Jour n’aura pas de fin en un tout autre sens que celui de la Passion qui semble se reproduire dans notre histoire jusqu’à son accomplissement lorsque Dieu sera tout en tous, car il durera toujours.

Ainsi, notre Évangile, « joyeuse annonce », est bien différent de la promesse d’une fête enivrante dont rien ne pourrait venir empêcher la répétition perpétuelle, promesse dont se bercent souvent nos contemporains dans leur obstination à trouver ici-bas la satisfaction de tous leurs désirs. Nous ne saurions annoncer une moindre espérance que celle du salut en Jésus Christ sans la perdre pour nous-mêmes et pour les hommes envers qui nous en sommes redevables. Ne trahissons pas notre vocation, ne soyons pas infidèles à notre mission !

Si vraiment nous avons accepté l’offre baptismale de la vie éternelle que le Fils de Dieu est venu conquérir pour nous, l’enfer est déjà vaincu, il n’y a plus de destin implacable, le mauvais sort jeté par l’Ennemi à notre Terre est rompu, et l’avenir radieux de la paix est déjà ouvert à l’Église qui sait inviter tout homme à le vivre dans la charité. Choisissons donc de nous convertir nous-mêmes jour après jour pour nouer une relation d’amour toujours plus vraie et profonde avec celui qui a donné sa vie pour nous.

Ainsi nous montrerons au monde que nous sommes déjà entrés, malgré les tribulations, dans ce Jour sans fin de bonheur et de grâce où il n’y aura plus ni deuil, ni larmes ni douleurs, car l’amour du Seigneur remplira l’univers.