Dimanche 20 novembre 2016 - Christ, Roi de l’univers Année C - Fête des baptisés, baptême d’un petit enfant

Le plus dur est fait

2 Samuel 5,1-3 - Psaume 121,1-7 - Colossiens 1,12-20 - Luc 23,35-43
dimanche 20 novembre 2016.
 

C’est un encouragement fort efficace pour celui qui commence à flancher : d’abord ce qui suit sera moins éprouvant que ce qui a précédé, ensuite ce serait dommage d’avoir enduré tout cela pour rien. Bien sûr, l’intéressé se demande si c’est vrai ou si l’on veut seulement le faire marcher, mais il est bien tenté d’y croire.

Par exemple, si je vous dis : dès que Lancelot sera baptisé, le plus dur sera fait, qu’allez-vous en penser ? Pour le moins, certains seront surpris et interloqués. Présenter un enfant au prêtre dans l’église pour qu’il prononce de belles paroles en l’aspergeant gentiment, ce n’est pas la mort ! Tandis qu’après vient toute une vie d’enfant des hommes, avec ses épreuves et ses douleurs, sans compter, pour le chrétien qu’il est devenu, le combat spirituel qu’il devra mener chaque jour de son existence.

Évidemment, si je vous précise que c’est Jésus qui a fait le plus dur, vous ne pourrez qu’être d’accord, je suppose. Il est le Fils de Dieu qui s’est « anéanti en prenant la condition d’homme », comme dit saint Paul, il s’est donné à nous jusqu’au sacrifice de la croix, comme nous venons de l’entendre dans l’évangile. En tout cas, c’est bien la foi de l’Église, n’est-ce pas, la foi baptismale que vous allez confesser solennellement dans un instant.

D’ailleurs, le « bon larron » donne lui-même un magnifique condensé de cette foi. Il se reconnaît pécheur, méritant le supplice et la mort, et il fait cette confession devant celui qui partage son sort bien qu’il n’ait fait rien de mal. Ce crucifié, il le reconnaît comme le roi qui vient : il croit donc à sa résurrection et à son ascension. Il lui demande d’être reçu dans son Royaume, reconnaissant ainsi son pouvoir de rédempteur. Finalement, il partage les souffrances et la mort de celui qui est venu les souffrir avec lui, et il reçoit aussitôt la promesse de vivre avec lui pour toujours.

En effet, le « Paradis », dans le langage du temps de Jésus, n’est pas le Ciel, mais le « Paradis terrestre », le « Jardin d’Eden » de la Genèse d’où l’homme avait été expulsé. Les Juifs croyaient que les justes morts mais promis à la résurrection étaient mis en réserve en ce lieu en attendant. Autrement, dit, ce « Paradis » est aussi bien « Les enfers » du credo baptismal que nous allons proclamer dans un instant, à ne pas confondre avec « l’Enfer » de la damnation éternelle : « les enfers » sont le séjour des morts où Jésus est descendu pour en faire aussi son Royaume de grâce. La Rédemption, c’est que Jésus transforme « les enfers » en « Paradis », afin que les hommes puissent aller au Ciel et non en Enfer. C’est ce qu’accomplit pour chacun la grâce du baptême dans sa mort et sa résurrection.

Le Ciel, c’est « être avec Jésus » : dans son Paradis en attendant la résurrection finale, quand il viendra dans sa gloire, mais déjà aujourd’hui sur tous nos chemins de vie. Quand c’est difficile, quand nous sommes au bord du désespoir ou de la révolte, pensons qu’il a déjà fait le plus dur et demandons-lui : « Souviens-toi de nous ». Quand nous sommes tentés de juger les autres, de les mépriser et de les condamner, souvenons-nous des malfaiteurs sur la croix et accueillons-nous les uns les autres avec indulgence, puisque nous avons le même Rédempteur. Vivons ainsi la vie baptismale qui est un peu déjà le Ciel sur la terre, puisqu’elle consiste à « être avec Jésus » déjà dans les joies comme dans les peines.

Dieu a fait le plus dur pour nous, frères et sœurs, et pour tous les hommes : notre mission est de leur apporter cette joyeuse annonce afin qu’ils puissent en bénéficier eux aussi et en rendre grâce avec nous dans l’Eucharistie.