Dimanche 4 décembre 2016 - Deuxième dimanche de l’Avent Année A

Quel est votre patrimoine ?

Isaïe 11,1-10 - Psaume 71,1-2.7-8.12-13.17 - Romains 15,4-9 - Matthieu 3,1-12
dimanche 4 décembre 2016.
 

Aujourd’hui, tout le monde comprend ce mot comme l’équivalent de « fortune » dans « impôt sur la fortune ». En particulier, les hommes politiques sont tenus de faire une « déclaration de patrimoine ». Mais, étymologiquement, il s’agit des « biens du père ». Par suite, il signifie donc « héritage », comme dans « patrimoine génétique », celui que vous tenez de vos parents et pouvez transmettre à vos enfants.

Mais, d’une certaine façon, chacun de nous peut être comme ses propres parents. C’est une réflexion de Grégoire de Nysse rapportée par Jean-Paul II dans « Veritatis Splendor ». Nos actes ne modifient pas seulement le monde extérieur, ils nous changent aussi nous-mêmes. Ce que nous faisons transforme ce que nous sommes : des actes mauvais nous dégradent, tandis que des actes bons nous bonifient. Ainsi, nous nous « engendrons nous-mêmes » dans une certaine mesure.

Ne s’agit-il pas de cela quand Jean-Baptiste enjoint aux pharisiens et aux sadducéens de produire « un fruit digne de la conversion » ? Un fruit est ce qui procède de l’arbre et porte sa semence pour la reproduction. Ainsi, des actes bons procèdent d’une conversion - qui est le fait de se détourner du mal en se tournant vers Dieu -, et ils l’affermissent en changeant en mieux celui qui les a produits.

Fort bien. Mais la question décisive est maintenant : de quels actes s’agit-il ? Faire des prières, des jeûnes et des aumônes, et remplir ses obligations ? Tout cela est très estimable et profitable, sans doute, et pourtant cela ne suffit pas, loin de là, puisque les pharisiens et les sadducéens qui étaient réellement très pratiquants en ce sens ne trouvent pourtant visiblement pas grâce aux yeux du prophète.

C’est que, comme nous l’explique le Seigneur dans le sermon sur la montagne, toutes ces actions peuvent s’accomplir sans fruit si elles n’ont pas comme intention essentielle de rejoindre le cœur et la volonté de Dieu. Mais alors, que faire qui soit certainement un « fuit digne de la conversion » ? La réponse est simple, frères et sœurs, c’est la miséricorde. Les œuvres de miséricorde « construisent le Royaume » et nous rendent semblables à notre père qui est aux cieux.

Le maître-mot de la miséricorde, c’est la bienveillance qui naît d’un regard sans mépris sur la misère du prochain. Pour Dieu, c’est « naturel ». Pour nous, cela suppose l’humilité de nous reconnaître pécheurs nous-mêmes et bénéficiaires de la grâce qui vient de notre Seigneur Jésus Christ. Alors nous pouvons vraiment voir autrui comme un « semblable » et agir en sa faveur selon la bonté de Dieu pour toutes ses créatures, en particulier pour les hommes tombés au pouvoir du mal et qu’il n’a pas abandonnés.

Ainsi, frères, le bien suprême du Père qu’il nous transmet et qu’il veut nous voir transmettre, c’est cette miséricorde en laquelle s’exprime son amour infini. Rendons grâce pour notre patrimoine inestimable et éternel parce qu’il est divin : la charité qui nous établit déjà dans le Royaume de celui qui vient.