Dimanche 18 décembre 2016 - Quatrième dimanche de l’Avent Année A

La Loi ne s’applique pas

Isaïe 7,10-16 - Psaume 23,1-6 - Romains 1,1-7 - Matthieu 1,18-24
dimanche 18 décembre 2016.
 

Pourquoi ? Parce que manquent les « décrets d’application », ou qu’on est en-dehors du « champ d’application », ou encore qu’il s’agit d’un cas d’exception ? Rien de tout cela. La Loi ne s’applique pas parce qu’elle n’est pas faite pour être appliquée. Bien sûr, je ne parle pas de n’importe quelle loi, mais précisément de la Loi de Dieu, avec un « L » majuscule.

Le sujet qui occupe Matthieu au début de son évangile est légal : il s’agit de la filiation légale de Jésus et, ici, en particulier de la légalité de l’attitude de Joseph. En effet, un « homme juste » est pour le moins un homme qui agit de manière conforme à la Loi.

Or, la Loi prescrivait de dénoncer au tribunal la femme manifestement en faute puisque enceinte avant d’être entrée en vie commune avec le mari auquel elle avait été légitimement accordée. La peine prévue était la mort. En tout cas, il était prescrit à l’homme de la répudier : il ne pouvait recevoir chez lui son épouse profanée.

Certains commentateurs imaginent que Marie avait tout expliqué à Joseph et que seule une crainte révérencielle le retenait d’accueillir chez lui la Vierge qui avait conçu du Saint-Esprit. Mais cette vue paraît contraire au propos de Matthieu, c’est pourquoi un bon esprit comme Joseph Ratzinger Benoît XVI dans son « Enfance de Jésus » ne l’évoque même pas. Il affirme sans ambages : « Joseph ne le sait pas encore et, selon la Loi, il doit l’abandonner. » Et, plus loin : « La volonté de Dieu n’est pas pour lui une loi imposée de l’extérieur, mais “joie”. La Loi lui devient spontanément “Évangile”, bonne nouvelle, parce qu’il l’interprète dans une attitude d’ouverture personnelle et pleine d’amour envers Dieu, et il apprend ainsi à la comprendre et à la vivre de l’intérieur. » C’est pourquoi Joseph « n’applique pas » la Loi à Marie, mais s’y conforme en la comprenant et l’interprétant de l’intérieur : « Ne désirant pas sa disgrâce, il se résout à la délier en secret » traduit élégamment Chouraki.

Bien sûr, vous aurez remarqué deux mots-clefs de ce passage : « joie » et « amour ». Et cela ne vous rappelle rien ? « La joie de l’amour », c’est le titre de l’exhortation apostolique du pape François sur la famille. Or, la phrase du pape Benoît XVI que je viens de vous citer résume admirablement le propos du pape François. C’est bien à cela que nous sommes exhortés : à recevoir et interpréter la Loi selon l’amour même de Dieu. Nous n’avons pas à l’appliquer de l’extérieur, mais à la comprendre et à la vivre de l’intérieur ; à l’imitation de saint Joseph, le père que Dieu a donné à son Fils sur la terre parce qu’il l’a trouvé digne d’une telle responsabilité à cause de sa « justice », non celle qui s’exerce à la manière humaine, mais la justice vraiment divine qu’inspirent l’Évangile et l’Esprit de Dieu.

C’est à un tel discernement en toute occasion que nous invite le pape François, en pleine communion d’esprit et d’intention avec ses prédécesseurs dont les écrits continuent à nous éclairer. Rendons grâce à Dieu pour sa Loi d’amour qui illumine nos cœurs.