Nuit du Samedi 24 au Dimanche 25 décembre 2016 - Nuit de Noël

Il ne fallait pas me laisser, tu vois

Isaïe 9,1-6 - Psaume 95,1-3.11-13 - Tite 2,11-14 - Luc 2,1-14
dimanche 25 décembre 2016.
 

Une chanson sortie il y a dix ans a régalé petits et grands qui s’y retrouvaient trop bien : « Je fais rien que des bêtises quand t’es pas là », répétait l’interprète sur un ton mi-figue mi-raisin. À l’évidence, le texte se plaçait dans la bouche d’une femme-enfant reprochant à son compagnon de l’avoir quittée. Mais son application à des garnements se plaignant de parents absents et le leur faisant payer très cher était irrésistible..

Semblablement, le drame de notre humanité incapable de bien se conduire par elle-même en l’absence de Dieu inspire depuis longtemps ce genre de protestation à l’endroit du Créateur. Les premiers récits de la Genèse en sont témoins : Adam dénonce « la femme que tu m’as donnée » comme coupable de sa propre faute et Caïn, ensuite, rétorque : « Est-ce moi, le gardien de mon frère ? »

En réalité, la parole de Dieu contient ici en filigrane justement la réponse à cette accusation : celui qui avait dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul » nous a confiés les uns aux autres dès l’origine. Ce faisant, il ne s’est pas absenté de notre histoire, car il a mis sa présence en chacun de nous. Ainsi, non seulement Dieu est celui qui prend soin de l’homme, mais il est aussi celui dont l’homme doit prendre soin. C’est le sens du « signe de l’enfant » qui nous est donné cette nuit.

Dieu, en la personne de son Fils, est confié à Marie et à Joseph. Joseph, d’ailleurs, n’aurait-il pas quelque raison de protester contre son sort ? Il reçoit la charge de l’être qui accomplit la prophétie de l’Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec nous ». Ne serait-il pas le premier fondé à s’étonner de devoir chercher péniblement un lieu convenable pour que son épouse accouche et, bientôt, d’avoir à fuir le danger du roi en emmenant femme et enfant sur le chemin de l’Égypte ? C’est cela, la condition de ceux qui ont Dieu avec eux ? Ce fut déjà celle d’Abraham à qui Dieu avait promis qu’il serait avec lui, ce qui ne m’a pas empêché de vivre en errant exposé à toutes les vicissitudes de l’émigré. Voyez ce qui est arrivé à Isaac, et toutes les tribulations de Jacob, ainsi que celles de Joseph, le patriarche, qui connu l’épreuve et l’Égypte par la jalousie de ses frères. Non, Dieu n’a jamais dit que sa présence assurerait confort et quiétude tous les jours de cette vie, mais il a promis qu’elle donnerait l’espérance invincible et les arrhes de l’Esprit.

La naissance dans notre chair du Fils de Dieu cette nuit accomplit la prophétie des Écritures et réalise parfaitement ce qui était ébauché au temps de la Première Alliance. Dieu ne change pas sa manière de faire, il la confirme merveilleusement et de manière irrévocable. Qui ne reçoit pas Dieu comme on accueille un enfant pour l’aimer et le soigner ne sait pas que Dieu l’aime et le soigne comme son enfant, qu’il le chérit infiniment comme son Fils éternel et bien-aimé.

Devant l’enfant de la crèche, nous comprenons que Dieu ne nous laissera jamais. Et même qu’il ne nous a jamais laissés : « Comme il avait perdu ton amitié en se détournant de toi, tu ne l’a pas abandonné... » dit l’Église dans la Prière Eucharistique numéro quatre. Certes, Jésus, au jour de sa chair criera : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Mais c’était pour aller nous chercher au plus profond de notre angoisse et de notre désespoir, et pour nous en sauver comme l’annonce la suite du Psaume : « Tu m’as répondu ! »

Celui qui accepte d’être les mains et le cœur de Dieu pour ne pas laisser sans réponse un seul de ces petits qui crient vers lui peut bien être troublé lui-même par le mal qui est dans le monde, il est la preuve vivante que Dieu nous a entendu et qu’il est venu à notre appel, pour toujours.