Dimanche 1er janvier 2017 - Sainte Marie Mère de Dieu

Le métier à tisser de l’union

Nombres 6,22-27 - Psaume 66 - Galates 4,4-7 - Luc 2,16-21
lundi 2 janvier 2017.
 

Cette image est employée pour une femme, mais pas n’importe laquelle. Nous avons entendu en deuxième lecture le passage de la lettre aux Galates où saint Paul écrit : « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme... » C’est la seule fois, dans tout le corpus paulinien, que se trouve mentionnée la mère de Jésus - et encore sous cette forme minimaliste -, c’est pourquoi le liturgiste nous le donne en cette fête de « Sainte Marie, Mère de Dieu ». Et c’est bien à son sujet que Proclus, évêque de Constantinople au 5ème siècle utilise cette expression : « Marie, métier à tisser de l’Incarnation sur lequel la tunique de l’union des natures s’est trouvée admirablement confectionnée : le Saint-Esprit en a été le tisserand. »

La comparaison peut nous sembler surprenante, voire choquante, mais certains la trouveront très belle, et j’en suis. Qu’est-ce qu’une femme sinon l’être humain qui possède la capacité en principe de concevoir et d’enfanter un enfant ? Or, ce dernier symbolise et réalise l’union de l’homme et de la femme qui l’engendrent. La femme est aussi celle qui donne l’homme pour père à l’enfant, les liant ainsi dans une relation magnifique. Elle est l’âme du foyer, ce lieu familial où les frères et sœurs tissés sur le même métier se reconnaissent en alliance native. Quelle vocation divine ! Car Dieu est celui qui fait l’union, et qui la refait puisqu’elle fut brisée par le péché.

Tel est en effet le drame décrit dans les premiers chapitres de la Genèse. La femme prend un fruit et le donne à son homme : geste bien féminin que celui de nourrir, acte qui continue le don de la vie et renforce le lien entre les vivants. Mais ici il opère la rupture de confiance avec Dieu par l’instillation du soupçon et de la défiance : sur la suggestion du serpent, le Créateur est vu comme un potentat redoutable et sans bienveillance. Que le diable est malin qui pervertit ainsi le meilleur pour en faire le pire ! Et quelles conséquences : bientôt l’homme et la femme eux-mêmes vont se redouter pour le mal qu’ils pourraient se faire l’un à l’autre, en sorte qu’ils vont tenter de prendre le pouvoir d’avance, chacun voulant asservir sans risque l’autre à ses propres désirs. De là viennent toutes les guerres : celle des sexes, celles entre les hommes, et celle qui fait rage au cœur de l’homme lui-même. C’est pour nous en libérer que Dieu s’est fait fils d’une femme.

Il est bien logique que la vocation de la femme, parfaitement accomplie en la Vierge Marie, soit depuis l’origine de réaliser l’union, car toute la Création a en vue l’Incarnation. Celui qui présidait à l’œuvre du Commencement est entré dans le temps pour que soit réalisée « la tunique de l’union des natures », cause et prémisses de la rédemption en vertu de laquelle tout peut être réconcilié avec Dieu. Marie en est le métier à tisser et l’Esprit Saint le tisserand. Il l’est à l’aube du salut, en la femme où se conçoit le Fils éternel, il le demeure au long des âges : Esprit donné pour le pardon des péchés par qui s’accomplit la merveille du pardon pour chaque pénitent réconcilié par le prêtre et l’Église, Esprit artisan de paix par chaque homme qui réalise cette béatitude.

La paix : le mot est un peu faible en notre langue où il désigne aussi le morne silence des cimetières. Retrouvons la saveur et la grâce de l’hébreu « shalom » qui signifie aussi la joie, l’abondance et la fécondité dans l’amour. C’est pourquoi je disais que la paix célébrée aujourd’hui en journée mondiale, c’est l’unité heureuse. Réaliser à nouveau cette unité est exactement le programme du salut - « shalom » signifie aussi salut ! - que Dieu accomplit patiemment au long des âges.

En effet, ce n’est pas d’un seul coup que l’Incarnation a produit le salut pour notre monde. Nous éprouvons durement la persistance du péché en notre vie. Mais Dieu ne se lasse pas de le combattre et de le vaincre en sa miséricorde. Alors ne désespérons pas quand nous constatons que nous retombons dans le mal si souvent. Car le péché et la grâce n’ont pas même mesure. Battons-nous chaque jour contre nos vices : c’est un travail de Pénélope, certes, car toujours à refaire, mais ce n’est pas une corvée infernale de Sisyphe, puisque Dieu précipite au fond de la mer toutes nos fautes pardonnées, tandis qu’il donne l’éternité à tout instant d’amour et de paix qui se vit au jour le jour. Sainte Marie, la mère de Dieu, ne se lasse pas d’intercéder pour nous, et le Christ, son Fils, ne cesse de répondre à nos prières par le don de l’Esprit.

Prenons donc joyeusement la résolution pour cette année de multiplier les gestes par lesquels nous coopérons à l’œuvre patiente de l’Esprit saint qui retisse dans le Christ un monde uni de l’unité même de Dieu.