Dimanche 8 janvier 2017 - Épiphanie du Seigneur

Heureux riches et savants !

Isaïe 60,1-6 - Psaume 71,1-2.7-8.10-13 - Éphésiens 3,2-3a.5-6 - Matthieu 2,1-12
dimanche 8 janvier 2017.
 

C’est le jour ou jamais de proférer cette béatitude : je ne vois pas d’autre épisode dans l’évangile où un groupe de personnes bien nanties tient le beau rôle. Les « mages » étaient versés en astronomie, certes, mais aussi en d’autres sciences ; et les cadeaux qu’ils apportent ne sont pas de gens sans moyens, c’est d’ailleurs pourquoi la tradition s’est plu à les dire aussi rois.

Ils contrastent avec leurs homologues de Jérusalem, grands prêtres et scribes ainsi qu’Hérode : comment ces derniers, les uns connaisseurs des Écritures, l’autre potentat établi sur le trône de David, ont-ils pu ne pas se précipiter à Bethléem sur la parole des mages ? Fallait-il qu’Hérode fût fou pour craindre la concurrence d’un nouveau-né, à son âge et à ce stade de son long règne ! Fallait-il que prêtres et scribes soient veules pour rester paralysés en courtisans prudents plutôt que d’aller voir de leurs yeux la réalisation de la prophétie bien connue d’eux !

Ainsi, cet évangile de lumière qui dit la venue des païens à la foi est aussi celui de l’aveuglement des élus et de leur enfoncement dans l’obscurité du refus. Ce sont les deux faces du même mystère, celui de l’Épiphanie du Seigneur. Sachons nous étonner de ce que le peuple très aimé et préparé pendant quarante générations ait manqué à reconnaître son Messie, tandis que les païens, ennemis de Dieu depuis toujours, viennent l’adorer. Finalement, était-ce une bonne idée, l’élection d’Israël ? Choisir un peuple, n’était-ce pas rendre jaloux les autres et les inciter à la haine jusqu’au meurtre ? D’ailleurs, ce thème est traité dès les premiers chapitres de la Genèse, avec l’épisode de Caïn tuant Abel, et repris souvent par la suite, en particulier dans celui de Joseph vendu par ses frères.

Pourtant, ce n’est pas Dieu qui a introduit cette rupture de l’amour dans l’humanité et la division entre les hommes, il les a seulement assumées et cristallisées afin de les supprimer. La fracture répétée sans trêve et sans fin depuis la chute, jusqu’à la plus petite parcelle d’unité menacée, est portée par le Fils pour la réduire, ce dont l’hostie, avec sa fraction et sa distribution, est le signe dans la communion eucharistique. Car l’unité personnelle divine du Fils est plus forte que le pouvoir destructeur de celui dont le nom signifie littéralement « diviseur », le diable.

Toute l’histoire du monde est histoire de notre salut au cours de laquelle Dieu assume le mal qui nous frappe pour le vaincre et nous en libérer. L’assumer veut dire en être accusé : il a supporté cela pendant des millénaires ! Alors quelle joie aujourd’hui de voir les Mages chercher et trouver le chemin du Roi des Juifs en promesse de réconciliation de toutes les nations dans l’adoration du Messie d’Israël ! Et quel soulagement quand l’apôtre Paul accueille et communique le mystère reçu par révélation : enfin tous les hommes vont reconnaître son amour et sa grâce ! La soif de Jésus sur la croix, signe de celle du Père qui « recherche des adorateurs », comme le dit le Christ à la Samaritaine, s’apaise enfin : les fidèles sont comme une eau fraîche désaltérant ce Dieu avide de l’amour des hommes.

Jésus, le Fils de Dieu, fut vraiment assoiffé de la foi de ses contemporains à qui il annonçait la bonne nouvelle de la miséricorde divine. Il souffrit vraiment de l’endurcissement de ceux qui auraient de le reconnaître les premiers. Mais ce fut sa parfaite pauvreté de cœur que de patienter dans cette grande frustration. Et sa première consolation vint de ces païens qui, riches ou non, simples ou savants eurent cette pauvreté dans l’esprit de découvrir que le salut venait des Juifs. En envoyant le Messie promis, Dieu a manifesté sa fidélité à son peuple ; et ceux des siens qui croient en lui sont les prémisses du retour de tous si fort espéré par le Père : alors se manifesteront sa justice et sa sagesse en faveur de tous.

Heureux dès maintenant ceux qui, quels que soient leur statut social ou religieux et leur situation économique, accueillent l’Évangile d’un cœur libéré pour l’action de grâce dans la communion de tous avec Dieu et en lui.