Dimanche 15 janvier 2017 - Deuxième dimanche Année A

J’en ai appris de belles sur lui !

Isaïe 49,3.5-6 - Psaume 39,2.4.7-11 - 1 Corinthiens 1,1-3 - Jean 1,29-34
dimanche 15 janvier 2017.
 

Avec ironie s’annonce ainsi quelque révélation croustillante sur quelqu’un dont il y aura plaisir à penser du mal. Les réseaux sociaux se nourrissent de ces bruits, ragots et cancans reçus avec gourmandise et colportés avec zèle. Et chacun croit vérifier ce qu’il pensait déjà en fréquentant assidûment ceux qui pensent de même.

Bien sûr, chaque bulle d’opinion ainsi constituée comporte aussi ses héros positifs sur qui circulent des légendes dorées : elles font recette, même si c’est dans une moindre mesure que le dénigrement des cibles préférées dont on ne se lasse jamais. Dans un cas comme dans l’autre le principe est connu : amplification et déformation à chaque transmission pour toujours plus de sensation.

Jésus n’a pas échappé à ce traitement en son temps. Certes, son époque était sans internet. Mais la marche des langues dans les foyers et sur les marchés existait déjà. Les évangiles ont gardé la trace de certaines rumeurs sur le Seigneur : qu’il mangeait avec les publicains et les pécheurs, bien sûr, mais aussi qu’il aurait été un glouton et un ivrogne ! D’ailleurs, le premier bruit, exact, explique sans doute le second, résultat de déformations et d’amplifications comme il se doit.

En tout cas, il est clair que l’opinion publique opposait en cela Jésus à Jean dont on disait : « il ne mange ni ne boit ». Or, l’ascétisme a toujours passé pour un signe de sainteté (d’où le mot d’esprit : « On le croyait saint, il n’était que maigre !). En outre, la prédication du Baptiste, plus dramatique et radicale, plaisait davantage aux hommes toujours friands de propositions fracassantes. En somme, le Baptiste paraissait un bien meilleur candidat que Jésus pour être reconnu comme le Christ. C’est pourquoi nous devons nous étonner que lui-même n’ait pas cédé à cet engouement populaire pour sa personne et qu’il ait plutôt désigné Jésus : vraiment, il a fallu une révélation d’En-Haut pour cela, et l’on comprend qu’il affirme par deux fois : « Moi je ne le connaissais pas ».

Cette capacité de Jean à se départir de lui-même pour se centrer sur la personne du Seigneur est l’exemple essentiel qu’il nous donne. Vouloir devenir saint n’est pas la bonne intention car elle nous laisse dans notre « bulle » et dans l’orgueil. Il faut plutôt désirer par amour reconnaître le Christ et nous laisser conformer à lui par l’Esprit Saint. Ce n’est pas par son ascèse ni par sa vertu personnelle ni par sa puissance de prédication que le Baptiste a été sanctifié, c’est pour sa disponibilité à l’Esprit du Christ.

Quand nous nous laissons sanctifier de la même manière, nous découvrons qui est Jésus d’une manière inattendue en notre propre personne transformée par l’action de Dieu. Et nous pouvons alors constater dans l’action de grâce que, vraiment, nous ne le connaissions pas.

Ainsi, la vie spirituelle consiste à progresser de commencement en commencement dans la connaissance du Christ, en sorte que, grandissant dans la générosité de l’engagement sous le signe de la miséricorde, nous puissions nous exclamer à chaque fois : « Grâce à Dieu, j’en ai appris de belles sur lui ! »