Dimanche 22 janvier 2017 - Troisième dimanche Année A

On vit mieux optimiste que pessimiste

Isaïe 8,23b à 9,3 - Psaume 26,1.4.13-14 - 1 Corinthiens 1,10-13.17 - Matthieu 4,12-23
dimanche 22 janvier 2017.
 

Cette parole est de bon sens à condition qu’optimisme ne signifie pas ici simplement illusion et méthode Coué.

Prenons l’exemple du prophète Isaïe que nous avons entendu en première lecture. Il prononce vers l’an 730 avant Jésus Christ cet oracle qui résonne aussi dans la nuit de Noël : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière... » Or, en son temps, il s’agit des trois provinces du Nord qui sont tombées en 732 aux mains de l’Assyrien. C’est peut-être la figure montante du prince Ézéchias, futur successeur du roi Akhaz son père, qui lui inspire l’espoir d’une libération prochaine pour ces pauvres « pays de Zabulon et de Nephtali ». Pourtant, il ne se passera rien de tel, au contraire : en 721 L’Assyrie fait tomber aussi la Samarie sous le joug, enfonçant d’autant plus les provinces du Nord dans les honteuses ténèbres de l’asservissement aux païens.

Dans sa confiance inébranlable en Dieu, Isaïe ne doutait pas qu’il agirait pour libérer Israël de l’ennemi. Aussi guettait-il tout signe d’une telle intervention. En particulier, il plaça beaucoup d’espoir en Ézéchias, et il ne fut pas le seul. Mais ce roi, malgré sa fidélité à l’Alliance, ne fut pas gratifié du succès espéré. Or, les déceptions n’ont jamais lassé le prophète, ni les moqueries de son entourage, elles ne sont pas venues à bout de son espérance car elle était fondée dans les promesses du Seigneur et les signes de salut qu’il avait prodigués à son peuple. C’est pourquoi je pense qu’Isaïe est un modèle d’optimisme juste.

Jésus l’est plus encore quand il décide de s’attaquer en premier lieu à cette région si déconsidérée aux yeux des Juifs, ce chaudron de pêche et de commerce où se mêlent des gens de toutes sortes, et pas des meilleures : la « Galilée des nations ». Tandis qu’Isaïe attendait pour ces régions occupées une délivrance politique, sinon guerrière, le Christ vient y apporter, comme il le fera partout ailleurs, la libération du mal, c’est-à-dire du péché qui est le pire esclavage pour l’homme. Quel optimisme aussi dans sa manière de recruter aussitôt ses principaux lieutenants dans cette population louche. D’ailleurs, au cœur de la nuit de sa Passion, le renégat Pierre sera reconnu par gardes et servantes comme un des siens à son accent qui marquait mal à Jérusalem.

Quelle confiance, aussi, dans la fidélité de Dieu à son choix et à sa promesse lui fallut-il pour aller jusqu’au bout sur un chemin semé de déceptions et d’abandons. Et quand tout sembla perdu, quand ce fut « mort » comme on dit aujourd’hui, il garda fermement la foi en celui qui a le pouvoir de ressusciter les siens tombés au plus profond de la terre.

Bien sûr, pour ressembler au Christ et à ses prophètes, il ne s’agit pas de se payer de rêves en dépit de toute réalité, il faut plutôt s’enraciner dans une foi ancrée dans la Parole et l’amour du Seigneur. Mais la foi justement transcende la raison et les motifs terrestres qui peuvent s’éclipser et venir à manquer dans les épreuves. De même, l’amour qui préside à la relation des époux ne remplace pas la sagesse de la préparation au mariage et de la conduite raisonnable de la conjugalité dans le partage des responsabilités, mais il les sublime et les conduit à leur perfection. L’unité des chrétiens, pour laquelle nous prions aujourd’hui, se garde et se restaure de la même manière.

Heureux donc ceux qui se convertissent du pessimisme des païens, qui le noient dans les plaisirs et les passions périssables, à l’espérance du Christ, cet optimisme divin : leur joie de vivre résistera à toute épreuve, même à la nuit de la foi sur la croix, jusqu’au jour de la Lumière éternelle.