Dimanche 29 janvier 2017 - Quatrième dimanche Année A

Il faut interpréter cette parole

Sophonie 2,3 et 3,12-13 - Psaume 145,7-10 - 1 Corinthiens 1,26-31 - Matthieu 5,1-12a
dimanche 29 janvier 2017.
 

C’est vrai pour toute l’Écriture, bien sûr, mais ici je l’entends comme d’une partition musicale qui ne prend vie que si des musiciens la jouent. De même toute existence vraiment chrétienne réalise une interprétation originale des Béatitudes.

Par exemple quand, au lieu de faire le fanfaron de Bible en disant que « c’est mes idées », je me reconnais pauvre d’intelligence devant les pensées du Seigneur qui ne sont pas les miennes, jamais il ne manque de m’éclairer.

Ou encore : qui d’entre nous a jamais pleuré sincèrement ses péchés sur le cœur de Dieu sans éprouver aussitôt la consolation et, encore à travers les larmes du repentir, la joie du pardon ?

Ou encore : lorsque je renonce à faire le matamore dans les chocs de la vie pour confier au Christ ma faiblesse et ma peine afin d’affronter patiemment l’adversité, est-ce que je ne ressens pas tout de suite la paix du cœur, et bientôt la force que procure la sérénité bien mieux que la rage ?

Et si, au lieu de m’indigner devant les injustices de ce monde et de prétendre les pourfendre de mes jugements sans appel, je me reconnais moi-même injuste devant Dieu, ne serai-je pas bien mieux armé pour prendre ma part dans la justice des hommes qui, toute imparfaite qu’elle soit, vaut infiniment mieux que le cynisme et l’abandon des faibles à la violence des puissants ?

En somme, les Béatitudes déclinent les diverses manières dont la puissance de Dieu s’accomplit dans notre faiblesse, comme il le dit lui-même à saint Paul, c’est pourquoi l’Apôtre s’exclame : « En ma faiblesse est ma force ». Mais si je deviens fort de la force de Dieu, ne vais-je pas perdre l’humilité qui m’a valu la grâce ?

Pas si je me montre miséricordieux comme Dieu, faisant usage du pouvoir pour aimer les autres plutôt que de le leur faire sentir pour en jouir. Pas si je garde le cœur pur dans l’exercice de l’autorité au lieu de l’avilir dans les manœuvres et les manipulations. Je pense ici au pape François qui se dit lui-même « un po’ furbo », un peu rusé : j’aime à croire qu’il obéit au commandement du Seigneur de nous montrer habiles comme le serpent et candides comme la colombe.

Si je mets tout le pouvoir que donne la grâce au service de la paix entre les hommes, ce bien si difficile à bâtir et si aisé à ruiner par envie ou par haine, par bêtise ou par lâcheté, il ne me mettra jamais en péril d’orgueil mais me donnera la joie même de Dieu à voir ses enfants heureux.

En somme, chaque fois que je me tourne humblement vers le Seigneur de tout mon cœur de pauvre, ma prière traverse le ciel. Alors je ne reçois pas forcément aussitôt ce qui me manquait, mais j’en éprouve un apaisement et une confiance qui transfigurent mes pauvres forces. Ainsi je me laisse remonter par le Père, comme le Seigneur lui-même l’a fait jusqu’à son agonie à la veille de sa Passion.

Si je laisse accorder mon cœur à celui du Seigneur comme les cordes sympathiques vibrent à l’unisson des premières, ma vie devient un chant d’amour qu’accompagnent les anges musiciens, et je connais la béatitude du Christ, anticipation du bonheur à venir qui sera sans fin car il est Dieu lui-même en son unité bienheureuse.