Dimanche 12 février 2017 -Sixième dimanche Année A

« Il connaît la musique », dit-on d’un ton mi-figue mi-raisin.

Siracide 15,15-20 - Psaume 118,1-2.4-5.17-.33-34 - 1 Corinthiens 2,6-10 - Matthieu 5,17-37
dimanche 12 février 2017.
 

Maîtriser un sujet de façon tant théorique que pratique ne va pas sans une certaine expérience qui pourrait impliquer quelque compromission. Les scribes connaissaient bien l’Écriture, et les pharisiens se voulaient experts en sa pratique. Et souvent les scribes étaient pharisiens : ils connaissaient la musique ! Mais de telle manière que souvent ils en tiraient orgueil et motif à mépriser les pécheurs ordinaires : c’est ce que leur reproche Jésus. C’est pourquoi, loin d’en rabattre de la Loi, il l’élève jusqu’à la mettre hors de portée de leurs prétentions.

Mais il semble ainsi la mettre a fortiori hors de portée des gens ordinaires : qui pourrait pratiquer les préceptes intransigeants qu’implique l’évangile d’aujourd’hui, à part Jésus lui-même ? Or, ainsi que je le disais il y a peu au sujet des Béatitudes, cette parole est à interpréter comme une partition musicale doit être jouée par des instrumentistes pour prendre vie. Mettons donc notre intelligence à comprendre comment elle peut être vécue, puisqu’elle est faite pour cela.

L’objectif suprême n’est-il pas la communion dans l’amour ? Alors, la première urgence en cas de différend avec mon prochain n’est pas d’avoir gain de cause, ni de prouver qu’il a tort, mais d’avancer vers la réconciliation. Et, déjà, d’éviter tout ce qui peut envenimer la situation, en particulier les insultes et la colère. Le lieu emblématique et fécond de l’unité dans l’amour n’est-il pas le mariage de l’homme et de la femme ? La fidélité est donc un bien si précieux qu’il mérite le respect et l’attention de tous, aussi bien des conjoints eux-mêmes que de ceux qui, de l’extérieur, pourraient la menacer. Enfin, tenir sa parole, ce qui est en somme le fin mot de la fidélité, est aussi le propre et la grandeur de l’homme. Pourquoi donc jurer quand il est si simple de se prononcer clairement et d’agir en conséquence alors que les menteurs et les trompeurs ont aisément recours aux serments qui n’engagent que ceux qui les croient ?

N’allons pas dire que les passions humaines et la faiblesse de la chair nous rendent impossible de nous abstenir ainsi de la colère, de la convoitise et de la fausseté. « Dieu n’a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher » nous affirme Ben Sira le Sage, vous venez de l’entendre. Celui qui ordonne le bien peut aussi donner la force de le faire. C’est, de notre part, une question de foi et de volonté, de patience et de prudence, de sagesse, en somme. Et aussi de croire que les biens suprêmes méritent tous les sacrifices, jusqu’à la passion et la croix.

Sans doute allons-nous tomber souvent sur le chemin de la perfection. Mais plus nous nous appliquerons par la prière et les efforts intelligents à éviter les fautes, moins les chutes seront graves et fréquentes. Surtout si, au lieu de tirer vanité de nos progrès et d’en regarder de haut les moins avancés, nous nous reconnaissons pécheurs tout comme eux, même si nos fautes sont moins voyantes et moins nombreuses, nous serons d’autant plus semblables à notre Père qui est dans les cieux.

De certains musiciens qui n’ont jamais appris le solfège on dit qu’ils jouent d’oreille. Mais, s’ils sont bons, ils jouent aussi de cœur ! De même, les saints n’ont parfois guère de connaissances théologiques approfondies, mais ils entendent bien la Parole, d’oreille et de cœur, et la pratiquent mieux que beaucoup de « connaisseurs » sans humilité ni douceur.

Imitons-les : nous rejoindrons déjà avec eux les anges dans la louange et nous marcherons ici-bas au rythme de la musique céleste qui nous ravira pour l’éternité.