Dimanche 26 février 2017 - Huitième dimanche Année A

Vivre d’amour et d’eau fraîche, il paraît que c’est impossible, qu’il faut du plus consistant à se mettre sous la dent

Isaïe 49,14-15 - Psaume 61,1-2.8-9 - 1 Corinthiens 4,1-5 - Matthieu 6,24-34
dimanche 26 février 2017.
 

Voyons d’abord pour l’eau. Non seulement cet élément pur et simple est le premier nécessaire à la vie, mais encore il permet tous les autres : arrosant et irrigant la terre, il est gage d’abondantes récoltes et de grasses prairies, nourrissant les bêtes qui nous aident et celles dont nous garnissons nos tables de fêtes. Nous le voyons bien aujourd’hui où la question devient cruciale en maintes régions de la terre, nous vivons d’eau fraîche et, en tout cas, nous mourrions de ne plus en avoir.

Or, si le problème se pose si gravement aujourd’hui, c’est que l’avidité nous porte à des agissements calamiteux pour la planète. L’exemple des orpailleurs est typique à ce sujet : ils se tuent à la tâche en dévastant des forêts entières de zones tropicales, polluant à mort le réseau fluvial par le mercure qu’ils y répandent et dont ils s’intoxiquent eux-mêmes. Leur fièvre de l’or n’est pas autre que celle des grands exploitants qui épuisent les ressources naturelles pour maximiser leurs profits, mais elle apparaît dans toute sa laideur mortifère en ces pauvres qui en sont victimes plus encore que coupables.

Ainsi apparaît clairement ce que signifie servir Mammon (« l’Argent » ou, mieux, « la Richesse ») dans l’Évangile. « Servir » a ici un sens cultuel : de même que les païens offraient à leur idoles des sacrifices humains, de même les hommes qui se vouent toujours plus à la passion de la production et de la consommation adorent ce qui les détruit. Mais comment en arrivons-nous à cette folie ? Justement le Christ nous en explique dans ce passage la raison profonde.

La première affirmation de Jésus pose clairement l’alternative : Dieu ou la Richesse, il faut que l’un ou l’autre soit le maître dans ma vie. Et l’amour de l’autre est la haine de l’un. C’est en ce sens que saint Jacques dit : « Ne savez-vous pas que l’amour du monde est haine de Dieu ? » (Jacques 4,4). Depuis le premier péché, le diable ne cesse de nous suggérer que Dieu n’est pas notre ami, et les hommes s’y laissent prendre. Or, qui se détourne de son Créateur et Père plein de bonté cherche forcément ailleurs la source de sa prospérité et de sécurité : il se voue aux puissances de ce monde comme à des idoles auxquelles il rend un culte.

C’est pourquoi notre salut passe par la conversion progressive, c’est-à-dire le fait de « s’attacher à l’un », donc Dieu, de sorte que l’on « méprisera l’autre », donc la Richesse considérée comme une idole. Bien sûr cela n’empêche pas de devoir travailler et prendre ses responsabilités, notamment de préparer l’avenir par de sages dispositions d’économie. Mais, en tout cela, le disciple met sa confiance en Dieu et reçoit tout de sa main, y compris ce qu’il a gagné par son labeur. Il ne se « fait pas de souci » pour le lendemain, même lorsque les temps sont durs et les vaches maigres, car il croit que Celui qui a donné donnera encore.

En somme, c’est une question de priorité. Le Christ qui nous offre cet enseignement est le même que celui qui a jeûné quarante jours au désert, tenté par Satan. Privé de pain, il n’a pas cessé de mettre toute sa confiance dans ce Père qui « donne leur nourriture aux oiseaux du ciel ». Il a tenu dans l’épreuve, porté par la Parole dont vit tout homme plus encore que de pain, car elle est annonce d’amour inconditionnel et définitif. Ce même amour l’a porté jusqu’à la soif horrible de la croix et jusqu’à la mort, car il n’a pas cessé d’être rempli de l’Esprit Saint qui est l’Eau vive de la vie éternelle. Ressuscité, il a inauguré le Royaume de Dieu dont la justice est d’abord pardon et miséricorde pour tous les pécheurs qu’il est venu appeler à la vie en abondance, et par suite respect des pauvres et de toute la Création.

C’est ce dont nous devons témoigner auprès de nos contemporains : que le Père reste leur véritable Providence sans laquelle ils ne pourraient tout simplement pas vivre, car l’Amour dont elle procède leur est plus nécessaire que l’eau même qui étanche leur soif et féconde la terre dont ils tirent leur subsistance.