Mercredi des Cendres, 1er mars 2017 - Entrée en Carême

Il s’agit de passer par Jésus

Joël 2,12-18 - Psaume 50,3-6.12-14.17 - 2 Corinthiens 5,20 - 6,2 - Matthieu 6,1-6.16-18
jeudi 2 mars 2017.
 

« Nul ne va au Père sans passer par moi, dit Jésus. » Cette phrase de l’évangile de saint Jean inspirait à un catéchumène une question : une fois que l’on est passé, Jésus devient-il inutile ?

Si Jésus était, comme l’Arche de Noé, un refuge provisoire ou, comme un bateau, le moyen de relier une rive à l’autre, le passager pourrait le quitter en arrivant à destination. Mais, en fait, pour passer avec lui chaque fidèle doit intégrer ce divin Passeur d’une manière totale et définitive : dans le Royaume, nous serons tous tout entiers dans le Corps du Christ ressuscité parfaitement uni à son Père, dans la communion de l’Esprit Saint.

Donc, la conversion toujours nécessaire et particulièrement de mise au temps du Carême consiste à se laisser incorporer à Jésus par une transformation profonde et progressive de tout notre être. Chacun de nous est comme un bateau qui doit passer d’une rive à l’autre. Mais le passage ne s’accomplit que par la transformation de celui qui passe.

Dans une flotte, les unités sont parfois mises en cale sèche pour procéder aux travaux impossibles à effectuer autrement. Elles sont alors en « Indisponibilité Périodique pour Entretien et Réparation » : « IPER » dans le langage de la Marine Nationale. D’une certaine manière, le carême est pour nous une telle période : un temps pour nous rendre disponibles à l’œuvre de Dieu, ce qui implique en revanche une indisponibilité pour certaines activités habituelles. C’est pourquoi l’exemple type d’un carême est la retraite dans une Abbaye ou un autre « désert » ; on peut aussi pratiquer la « retraite dans la vie », comme nous vous en faisons la proposition paroissiale.

L’important est de toujours se rappeler que c’est Dieu qui opère en ce chantier. Nous coopérons à son œuvre en lui donnant et en lui laissant la possibilité d’agir. C’est pourquoi prière, aumône et jeûne ne doivent pas être pratiqués autrement que « en vue du Père qui est présent dans le secret », sinon, c’est en vain. Ces pratiques sont, en somme, les outils de Dieu qui travaille sur nous. La prière est inséparable de la Parole qui pénètre au plus profond de l’âme comme un glaive à deux tranchants ; l’aumône change le cœur de celui qui la fait quand il l’accompagne de la prière d’action de grâces à Dieu de qui vient tout bien ; le jeûne est efficace quand il rend l’être disponible à l’action de Dieu en le détournant des distractions, malléable par l’humilité qui l’emporte sur les raideurs orgueilleuses, plus généreux parce que plus sensible aux peines des autres.

Encore une fois, la conversion est l’affaire de toute la vie chrétienne. Mais le carême est un temps favorable pour s’attaquer à des travaux de fond. Chacun pourrait utilement discerner pour lui-même quel chantier serait à privilégier cette année. Plus que d’un travers à corriger, il s’agit de repérer une région de soi qui se dérobe au Seigneur, qui refuse de se laisser convertir, c’est-à-dire transformer à la ressemblance du Christ. Quelque chose en moi s’oppose à la christification de mon être et l’empêche de passer de ce monde au Père en Jésus qui a donné sa vie pour chacun de nous, pour nous arracher à ce monde de péché et nous établir en celui de la grâce. C’est donc aussi un combat en moi-même, le combat spirituel, qui ne va pas sans douleur.

Si Jésus est passé par la mort pour entrer dans sa gloire, c’était afin que nous acceptions de mourir à ce qui ne pourrait tenir devant le Père très bon, pour entrer dans sa vie. Ainsi, en entendant « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière », accueillons cette parole comme une invitation à laisser ce qui conduit à la mort pour revêtir l’habit des noces. Et si c’est « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile », répondons joyeusement en notre cœur à l’invitation du Seigneur qui veut venir faire sa demeure en nous et s’offre à la préparer lui-même à son goût.

Ainsi, au terme de ce carême, nous serons prêts à fêter le passage de Jésus de ce monde à son Père comme le nôtre.