Dimanche 13 janvier 2002 - Le baptême du Seigneur

Vous avez quelqu’un à qui parler ?

Isaïe 42,1-4.6-7 - Actes 10,34-38 - Matthieu 3,13-17
lundi 13 janvier 2003.
 

Vous avez quelqu’un à qui parler ?

Quelqu’un qui vous comprenne ?

C’est si nécessaire, parfois, quand on s’étonne d’en être là et qu’on se demande ardemment ce qu’il faut faire. Et pas seulement dans les coups durs : il y a aussi de grands moments qui sont trop grands pour ne pas être partagés, lorsqu’on déborde de joie, de succès ou de fierté, au point qu’on pourrait bien y perdre la tête. Mais, il est vrai, la nécessité est plus cruelle quand c’est d’amertume que le cœur est abreuvé à l’excès.

Si l’on est affreusement seul alors, on lève les yeux vers le ciel, et c’est comme si l’on venait d’être laissé tomber de là-haut, qu’une portière avait claqué, qu’une lourde porte s’était refermée, et l’on se retrouve posé là, dans un monde vide et froid.

Jésus a éprouvé cela sur la croix. Il a levé les yeux vers un ciel vide et crié comme un désespéré, lui l’espérance des hommes et le prince des vivants. Qu’était-il donc venu faire là ? Pour nous, les enfants de la terre, nous savons bien les abandons, les traîtrises, les fugues et les infidélités qui nous conduisent à la solitude et au désespoir : nous sommes pris dans l’immense enchaînement du mépris et des violences, du malheur et du péché. Mais pourquoi lui ?

Eh bien, frères, c’était sa mission. Voilà le motif et l’enseignement de la fête d’aujourd’hui. Lui, le Fils bien-aimé, a été envoyé par le Père pour nous rejoindre dans notre abandon, pour nous dire : Je ne vous ai jamais abandonnés, mais vous étiez perdus et partis loin de moi, et moi je viens vous chercher maintenant, pour qu’aucun de vous ne soit plus seul, désormais, aussi bas qu’il soit tombé. Telle était la volonté d’amour du Dieu saint, Père, Fils et Saint-Esprit, qui s’accomplit pour nous, maintenant.

Maintenant ? Où donc, me direz-vous peut-être, que j’aille le voir et lui toucher deux mots, car j’en ai lourd sur le cœur. Où donc ? C’est vous qui me posez la question, frères ?

Là où il y a un chrétien digne de ce nom, là où l’Église est digne de son Christ, là où des baptisés vivent leur baptême dans la foi, l’espérance et l’amour qui sont dignes du Père lui-même, là est le ciel sur la terre, là est la venue de Dieu pour tout homme en ce monde.

En effet, frères, baptisés dans la mort du Seigneur, nous avons été faits chrétiens, c’est-à-dire Christs. Consacrés dans l’Esprit Saint, nous recevons sa propre mission. Alors, pourquoi gémir en levant les yeux vers un ciel vide ? Sauvés, nous sommes envoyés aux hommes pour leur dire : Dieu ne vous a jamais abandonnés, et maintenant il vous sauve.

Et pourquoi sommes-nous plutôt gémissants comme les hommes qui n’ont pas d’espérance, et parfois plus révoltés qu’eux ? Le Père n’a-t-il pas ressuscité son Fils qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort de la croix ? Aurait-il cessé d’envoyer sur nous son Esprit qu’il a fait reposer sur Jésus, son bien-aimé ?

Sûrement pas, mes frères, car Dieu est fidèle, lui. Mais pourquoi avons-nous manqué de foi, pourquoi avons-nous cessé de croire ? Pourquoi avons-nous oublié de demander l’Esprit du Fils en son nom ? Est-ce l’enflure des richesses ou l’excès des misères qui nous a détournés de notre vocation sainte ?

En tout cas, si maintenant vous éprouvez le désir de revenir, vous avez quelqu’un à qui en parler, et qui peut vous comprendre.