Dimanche 2 avril 2017 - Cinquième dimanche de Carême Année A - Troisième scrutin pour les catéchumènes adultes

On la refait

Ézéchiel 37,12-14 - Psaume 129,1-8 - Romains 8,8-11 - Jean 11,1-45
dimanche 2 avril 2017.
 

Quoi ? - La prise qu’un incident a perturbée ? - Une figure, qui ne plaît pas ou qui n’est plus ce qu’elle était ? - Sa vie, parce que le conjoint est parti ou qu’on l’a mis dehors ? Mais peut-on changer d’alliance comme de costume ? Visiblement, ce n’est pas la pensée du Seigneur, la première lecture en témoigne. L’oracle du livre de Zacharie se situe à un moment de l’histoire du peuple de Dieu où elle semble se terminer sur un échec irréparable. L’Alliance a si sûrement péri que sa reprise serait une véritable résurrection. Et c’est bien un tel événement inouï qu’annonce le Seigneur, avec force et ferveur. Si le liturgiste a placé ce texte aujourd’hui, c’est parce qu’il donne la clef de l’épisode évangélique. Lazare représente Israël enfoncé dans ses péchés et ses infidélités comme dans une maladie mortelle. Cette maladie, c’est l’incrédulité - car tout péché est incrédulité -, tandis que la guérison eût été dans la fidélité, car la foi, c’est la vie. Tout l’évangile de Jean traite de la question de la foi et de ses échecs répétés, mais c’est particulièrement évident ici.

D’abord, que le but essentiel de Jésus soit la foi des siens - les disciples, les Juifs -, c’est dit nettement deux fois. La première, au début : « Je me réjouis de ne pas avoir été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. » À quoi Thomas répond : « Allons-y, nous aussi... », ce qui est un début encourageant, mais la suite déchante : « ... pour mourir avec lui. » Jésus les invite à la foi, donc à la vie, Thomas répond pour la mort. Au milieu de l’épisode se place ce que beaucoup de commentateurs comprennent comme une profession de foi exemplaire dans la bouche de Marthe. En effet, là aussi, cela avait bien commencé : « ... maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accorderas. » Cette parole ressemble à la prière du Fils à la veille de sa Passion, espérant encore de la part du Père un changement de la perspective qui l’effraye puisque tout lui est possible encore maintenant. Mais ici, Jésus invite Marthe à une foi qui traverse la mort : « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra, quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Or, Marthe répond avec une formule qui revient en arrière, comme un catéchisme bien appris et seriné, et elle part : autant dire qu’elle le plante là. À la fin, notre découpage liturgique nous laisse sur une note positive : beaucoup de Juifs qui étaient venus et avaient vus « crurent en lui ». Mais il oublie la suite : que certains vont trouver les pharisiens pour tout leur raconter, ce qui va déclencher la décision de ces derniers de faire mourir Jésus. Ainsi, la prédication du Christ est sur le point de se terminer sur un échec qui semble irréparable : il invitait les siens à venir à lui pour trouver la foi et la vie - « Venez et voyez ! », leur dit-il au début de ce même évangile de Jean, autrement dit « Venez et vivez ! » -, et ce sont eux qui maintenant lui disent « Viens et vois » en l’invitant au tombeau. En effet, Jésus ira jusque-là : lui, le Prince de la Vie, verra la mort due au péché, à l’incrédulité de son peuple et de tous les hommes, pour les en sauver par sa résurrection. Au passage, nous voyons aussi Marie de Béthanie décevoir Jésus : elle n’articule même pas la parole d’espérance de sa sœur, elle retombe dans le deuil avec ceux qui l’entourent. Telle est la vraie raison de l’émotion terrible du Christ et de ses larmes : que la foi semble mourir avec cette épreuve. Notez qu’en ce qui concerne Marie la mère du Seigneur, la tradition catholique a tenu fermement à la voir debout dans la foi jusque dans son immense douleur au pied de la croix : « Stabat mater ». De même ici, les larmes de Jésus ne sont pas tant de deuil pour son ami Lazare que de peine pour son peuple qui va s’enfoncer dans l’incrédulité. C’est ainsi qu’on le voit dans l’évangile de Luc pleurer sur Jérusalem qui va à sa perte « parce qu’elle n’a pas su reconnaître le temps où elle était visitée. »

Tout cela, mes amis, est-il pour nous désespérer ? Sûrement pas ! Mais pour nous avertir. La foi est un combat de toute la vie et nous ne pouvons vaincre par nous-mêmes : seul l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie, peut nous donner de tenir en toute épreuve. La foi du baptême n’est pas une formule toute faite à répéter, c’est une transformation de l’existence qui la renouvelle en sorte qu’elle soit déjà « ressuscitée ». Chaque moment de véritable amour, chaque pardon, chaque choix du bien à cause du Christ, même s’il nous coûte la vie de ce corps, est un moment de vie qui ne verra pas la mort. Et même ce corps il le ressuscitera au dernier Jour.

N’attendons pas la fin du monde pour laisser l’Esprit Saint de notre baptême et de notre confirmation « refaire à neuf » notre existence, puisqu’il est dit : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ! »