Nuit de Pâques 15/16 avril 2017 - La Résurrection du Seigneur - Baptême, confirmation et première communion de quatorze adultes

Le jour commence de nuit !

Genèse 1,1-2,2 - Psaume 103,1-2.5-6.10.12-14.24.35 - Genèse 22,1-18 - Psaume 15,5.8-10.1b.11 - Exode 14,15-15,1 - Cantique Exode 15,2-6.10.11.17 - Isaïe 54,5-14 - Psaume 29,3-6.12-13 - Isaïe 55,1-11 - Cantique Isaïe 12,2-6 - Baruch 3,9-15.32-4,4 - Psaume 50,12-15.18-19 - Ézéchiel 36,16-28 - Psaume 18,8-11 - Romains 6,3b-11 - Psaume 117,1-4.16-17.22-23 - Matthieu 28,1-10
dimanche 16 avril 2017.
 

Présentation de chacune des sept premières lectures de la veillée

1. En premier lieu, Dieu a créé... le temps ; en commençant par le commencement, lui qui n’en avait pas, ni fin non plus, puisqu’il est éternel.

2. Après le commencement, le centre du temps, c’est quand il s’arrête : c’est le sacrifice.

3. Mais le sacrifice est couronné, l’arrêt du temps est traversé, sa fin est de l’autre côté de la mer et de la mort.

4. L’infidélité de Jérusalem avait arrêté l’Amour ; mais le pardon de Dieu mettra fin au péché pour ouvrir le temps d’une Alliance nouvelle.

5. Le temps se vit sous la menace de la mort. Mais la Parole féconde ne cesse de la vaincre en ceux qui cherchent Dieu et se tournent vers lui.

6. Dieu a pris tout le temps d’établir son Alliance avec Israël. Ce temps serait-il perdu ? Pourquoi ce peuple refuserait-il son avenir ?

7. Et voilà que s’annonce le commencement nouveau : fruit du sacrifice au centre de l’histoire, ce jour sera la fin des temps et l’entrée dans l’éternité !

Homélie

Le jour commence de nuit !

C’est pourquoi Jésus ressuscite à la première étoile visible qui annonce la fin d’un jour biblique, en l’occurrence le sabbat, et le début du suivant, notre dimanche de Pâques. C’est ce que décrit l’évangile de Matthieu que nous venons d’entendre : « Après le sabbat, à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine... », énonce la nouvelle traduction liturgique, plus fidèle ici au texte grec que l’ancienne.

Les autres évangélistes relatent la venue des disciples à l’aube suivante, découvrant le vide du tombeau ouvert. Mais Matthieu situe son récit au moment même de l’événement : à peine arrivées les deux Marie assistent au grand tremblement de terre puis à la descente de l’ange qui roule la pierre et s’assoit dessus tandis que les gardes tombent comme morts. Or, ni son ni lumière ne sortent du lieu où le Seigneur était l’instant d’avant, plus rien ne s’y produit. Le séisme qui a lieu en premier se comprend donc comme le seul indice en notre monde de la résurrection même du Christ.

L’incroyable discrétion des interventions décisives de Dieu dans notre réalité terrestre se confirme ici. Déjà, l’incarnation du Fils, inflexion prodigieuse de l’histoire du monde, se réalise si secrètement que seul le dialogue entre la Vierge et l’Ange nous indique qu’elle s’effectue. De même ici l’échange entre l’ange et les deux Marie est tout ce qui nous est donné comme trace de cet autre ébranlement cosmique : un homme mort est rendu à la vie d’une manière si nouvelle qu’il entre dans l’éternité !

La résurrection du Christ est une véritable trouée dans le temps. C’est pourquoi elle est, comme l’explique le pape Benoît XVI, à la fois un événement de notre histoire et une réalité qui la transcende. Mais elle est aussi, disent les Pères, quelle que chose qui arrive à Dieu ! Car le Fils éternel, consubstantiel au Père dans l’unité de l’Esprit, est désormais présent avec son corps ressuscité au sein de la Trinité Sainte. Il l’est avec son histoire et ses blessures, comme il le fera découvrir bientôt aux Apôtres, en particulier à Thomas qui ne croyait pas. Il y a donc désormais une blessure en Dieu ! Toutefois, ne nous y trompons pas : le Fils de Dieu a fini de souffrir et de mourir. Ressuscité et monté au ciel, il entre dans la béatitude parfaite du Dieu éternel qu’il n’a jamais cessé d’être. Mais l’amour infini réalisé dans sa Passion, purifié de toute souffrance et de la mort, est vivant aux siècles des siècles en lui. En somme, tandis que l’éternité de Dieu a surgi au milieu de notre durée, cet événement de notre temps s’est imprimé en Dieu pour l’éternité.

Pour vous aussi, chers amis catéchumènes, le jour commence par la nuit. L’Église en effet le veut ainsi qui dispose que les adultes soient baptisés au cours de la Veillée pascale. Cela peut être surprenant pour vos familles et vos amis, et même un peu fatiguant, surtout pour les enfants, mais ce choix est riche de signification pour toute votre vie de chrétiens.

D’abord, le baptême est profession de foi. Or, la foi naît toujours dans l’obscurité d’un abandon confiant de la raison et de tout l’être à ce qui nous dépasse. Ne l’oubliez jamais : dans toutes vos nuits de la foi, vous prierez avec ardeur le Père d’y faire jaillir sa lumière pas la grâce de l’Esprit Saint, et vous serez exaucés.

Ensuite, vous serez confirmés. N’attendez pas d’effets spéciaux de ce sacrement : il vous marquera avec la même discrétion que la résurrection du Christ a marqué ce monde à jamais.

Et puis vous communierez au corps et au sang du Seigneur. Vous regarderez et vous ne verrez rien, rien que ce qu’on voit quand on voit du pain et du vin. N’espérez pas plus de signe. Et si celui-là vous semble opaque, voire obscur, priez simplement celui qui se donne lui-même sous ces humbles espèces, priez-le de vous unir à lui par ce sacrement du don de sa vie.

Viens dissiper toutes ténèbres de nos cœurs, Seigneur, remplis-les de joie en ta résurrection, puisque pour toi la nuit comme le jour est lumière.

Explications complémentaires

D’abord, le « premier des sabbats » se traduit très normalement par « premier jour de la semaine » parce que c’est comme cela qu’on nommait les jours en Israël en comptant jusqu’à 6, le 7e étant le sabbat tout court. De plus, les jours allaient du soir au soir : le passage d’un jour au suivant était marqué par l’instant où s’allumait la première étoile dans le ciel. Cet usage explique le refrain : « Il y eut un soir, il y eut un matin ». Il prend une importance particulière pour le sabbat : à la première étoile du vendredi, on entre dans le jour sanctifié, à la première étoile du samedi, on en sort et l’on est donc libre des obligations qui lui sont attachées. Voilà pourquoi, dans leur impatience, les femmes vont au tombeau dès que “commence à luire l’étoile qui indique la venue du premier jour de la semaine”. Vous pensez bien qu’elles n’auraient pas attendu une minute de plus que nécessaire, d’autant que cette nuit-là était encore tout éclairée de lune, puisque la Pâque, qui venait d’avoir lieu, était une fête de pleine lune.

En résumé, dès la fin du septième jour, de ce sabbat très spécial et unique où la vie de Dieu a été arrêtée puisque le Christ était au tombeau, il est ressuscité, inaugurant un jour nouveau et éternel, le huitième jour. Dans l’histoire des hommes, c’était un nouveau « premier jour de la semaine », selon un cycle indéfiniment recommencé. Mais par rapport à la création de Dieu, ce premier jour renouait avec le premier des premiers, lorsque Dieu dit « Que la lumière soit, et la lumière fut ». En ce temps-là, Dieu sépara la lumière et les ténèbres. Mais, ce soir, la lumière a définitivement vaincu les ténèbres. Voilà la fin de la longue patience de Dieu qui préparait ce jour depuis le commencement.

Nous sommes encore dans le temps où la victoire est acquise, mais où la bonne nouvelle doit s’en répandre et faire son effet de salut jusqu’aux extrémités du monde. La petite flamme de Pâques, cueillie de la bouche de l’ange par les femmes au tombeau vide, n’a pas encore embrasé toute la terre. En attendant, les trois moments de l’histoire se prolongent ensemble : la création continue dans le suspense du 7e jour où Dieu s’est arrêté et comme absenté dans la mort du Fils déposé au tombeau ; le combat continue de la passion du Seigneur dans le corps souffrant de ses fidèles témoins et de tout innocent persécuté au monde ; et la victoire grandit, celle du Christ sorti vivant du tombeau pour entraîner à sa suite toute chair mortelle.