23 avril 2017 - Deuxième dimanche de Pâques - Célébration communautaire du Sacrement des malades

Heureuse blessure ! ou « À quelque chose malheur est bon »

Actes 2,42-47 - Psaume 117,1.4.13-14.19.21-25 - 1 Pierre 1,3-9 - Jean 20,19-31
dimanche 23 avril 2017.
 

« À quelque chose malheur est bon », dit justement la sagesse populaire. Cette sentence, toutefois, ne sera bien venue qu’en forme de constat, après coup. Elle paraîtrait parfaitement déplacée autrement, et même très indélicate si prononcée comme un a priori devant l’infortune d’autrui. Par exemple, qui oserait contempler la passion de Jésus « avec philosophie » au motif qu’elle nous vaudra le salut !

Ce n’est sûrement pas le cas de Thomas, ni avant ni après Pâques. Son profond attachement au Seigneur se manifeste aussi dans son obstination à demander la preuve que le ressuscité annoncé ne soit pas autre que le Maître qu’il a aimé jusqu’à sa mort. Pourtant, son incrédulité demeure une blessure au cœur du Christ : n’est-ce pas la souffrance la plus grave du Sauveur que cette résistance des siens à accepter la bonne nouvelle ?

Mais aujourd’hui nous pouvons déclarer heureuse cette blessure, car elle nous vaut l’apparition de Jésus aux disciples, rejoignant leur difficulté à croire avec indulgence, avec cette divine Miséricorde que nous fêtons aussi en ce deuxième dimanche de Pâques. Comment, en effet, le ressuscité peut-il porter encore les stigmates de la passion, sinon en tant que mémoire pour nous du sacrifice consenti pour les pécheurs que nous sommes ? Ces traces ne causent plus aucune douleur, car elles attestent désormais, en pleine gloire éternelle, du pur amour qui conduisit le Fils de Dieu à souffrir pour le monde.

Nous comprenons maintenant Thomas demandant à mettre les doigts et la main dans les plaies de Jésus mieux que lui-même. En grec, il parle de les « lancer » dans la marque des clous et de la lance. À la lumière de Pâques, nous traduisons ce verbe, qui nous choquait dans sa brutalité, par « plonger », car nous devinons qu’il est question ici du baptême : « Nous tous qui avons été baptisés en Christ, c’est dans sa mort que nous avons été plongés », dit l’Apôtre.

Plonger avec foi nos souffrances et nos misères dans le corps martyrisé du Christ, c’est recevoir du Ressuscité le salut et la vie éternelle.

À la suite du baptême, tout sacrement de la nouvelle Alliance est ainsi donné dans la foi au pouvoir salvifique du mystère pascal du Seigneur que nous célébrons en ce jour, en particulier le sacrement des malades que nous allons vous administrer, chers frères et sœurs venus le recevoir avec confiance. Si l’Église veut accomplir sur vous « ce geste qu’accompagne une prière », c’est afin qu’à quelque chose votre malheur soit rendu bon par le Père plein de bonté.

Si Dieu veut qu’il en résulte pour vous un soulagement, voire une guérison, ce sera pour nous tous une grande joie et un signe puissant de la grâce dont la Pâque du Sauveur est la source. S’il vous est « seulement » donné de vivre avec foi et courage votre épreuve, dans la prière pour l’Église et pour le monde, cela n’en sera pas moins un grand bien pour vous et pour tous.

Et le plus grand de tous les biens, c’est la foi, tout simplement, dont nous ne devons jamais oublier qu’elle un don fait par miséricorde à notre incrédulité, comme l’évangile nous le montre aujourd’hui. Seul l’amour inouï de Dieu manifesté en son Fils Jésus Christ peut renverser notre refus de croire, avec autant de douceur que de puissance.

Heureux sommes-nous, frères et sœurs, d’être rejoints et accueillis par le Christ mort et ressuscité qui prend sur lui avec miséricorde nos souffrances, nos incrédulités et même nos péchés : de tout cela, c’est par ses blessures que nous sommes guéris !