Dimanche 10 mars 2002 - Quatrième dimanche de Carême

On verra bien.

1 Samuel 16,1.6-7.10-13 - Éphésiens 5,8-14 - Jean 9,1-41
dimanche 10 mars 2002.
 

On verra bien.

Essayons, on verra bien si ça marche.

Quand on a fait ce qu’on pouvait, quand tout est préparé aussi bien que possible, il faut encore voir ce que cela donne. On n’est jamais à l’abri des surprises. C’est la glorieuse incertitude de la vie, et ce qui fait sa beauté, aussi.

Un gamète mâle et un gamète femelle fusionnent : voilà un potentiel génétique inédit, nouveau, inouï. Mais qui peut prévoir ce que donnera une vie, à l’épreuve ? L’être humain grandit, se développe et mûrit : au fil des événements il se fait une histoire unique et irremplaçable. On voit ainsi des hommes très vieux qui pourtant nous surprennent et se découvrent encore.

Encore faut-il qu’ils aient la chance de vieillir. Tant d’êtres humains en sont empêchés ! Partout il se commet des massacres et des hécatombes. Et tous ces enfants, sous le ciel, qui sont détruits, exploités ou affamés ! Mes amis, nous sommes des rescapés. Nous tous qui vivons, nous sommes des survivants.

Notre humanité, en effet, échappe de génération en génération à tout ce qui se fait d’âge en âge pour l’exterminer. Et la planète elle-même, avec tous ses vivants, notre bonne vieille Terre, qui peut dire où elle va, et combien de temps encore elle évitera la destruction dont la menace grandit à nos yeux ?

Y a-t-il donc quelqu’un, là-haut, pour répondre à nos questions et à notre angoisse ? Quelqu’un qui aurait tout fait bon, comme en six jours de fête, avec amour, ordre et grâce, et les fils de Dieu criaient hourra ? Quelqu’un qui aurait tout préparé très bien, et qui se serait réjoui de lancer ce monde dans l’aventure d’un septième jour, autant dire d’un jour sans fin et sans déclin, pour qu’il s’épanouisse dans la surprise heureuse d’une beauté toujours nouvelle et toujours plus belle ?

Mais voilà, il y eut un sabbat : un arrêt de la création, une suspension de vivre pour l’homme image et ressemblance de Dieu. Et Dieu décida, ce jour-là, de le prendre sur lui, de consacrer le sabbat.

Pour sauver ce monde qu’il aimait, il fallut que le Créateur y vienne lui-même en secret, comme en voleur de l’œuvre de ses mains. En secret il choisit un homme dans le peuple, David, pour qu’il soit roi à la place de Saül. Et Samuel le fit à l’insu de celui qui, sinon, l’aurait tué, c’est sûr, et tous les fils de Jessé avec lui. Et David grandit à l’ombre de son ennemi, sans haine ni envie : il se découvrit roi et messie au fil de sa vie d’errances et d’aventures, de luttes et de joie, de péché et de foi.

Ainsi David annonçait Jésus, son fils et son Seigneur, le Messie, le vrai, celui sur qui le péché n’eut jamais de prise. Lui aussi vint en secret, et l’ennemi tua tous les enfants qu’il pouvait à sa place. Puis il grandit en force et en grâce à l’insu de ceux qui en voulaient à sa vie. Et il devint roi, vous le savez, là, sur la croix. Roi non seulement de son peuple, mais encore de toute la création, roi en faveur des enfants de Dieu dispersés et perdus aux siècles des siècles. Voilà le sabbat du Fils de Dieu, salut pour nous.

Tout chrétien naît de ce sabbat comme l’aveugle-né, créature enfin parfaite, est achevé par l’œuvre du Fils - lui sans qui rien ne s’est fait de ce qui fut fait au commencement, lorsque Dieu formait Adam à partir de la poussière du sol -, en même temps que lavé du péché qui le vouait à la mort. Enfin il peut, alors, courir sa vie d’aventures au fil desquelles il se découvre fils de Dieu à la ressemblance du Fils unique, celui qui est venu chez les siens, et les siens l’ont jeté dehors.

Notre baptême, frères, est une genèse nouvelle pour la vie éternelle. Baptisé dans le Christ, dans sa mort, chacun de nous est choisi comme roi en lui. Mais combien d’hommes l’ont reçu qui sont empêchés de le vivre ! Tant de discours menteurs, pervers ou ignorants détournent les enfants de Dieu de leur source et de leur grâce. Tant d’enfants sont privés de la Parole sans laquelle nul n’est nourri dans sa foi. Tant d’hommes dorment comme s’ils étaient déjà morts.

Mais vous, réveillez-vous ! Essayez de vivre en chrétiens, et vous verrez bien ! Développez-vous, grandissez, nourrissez-vous de la Parole, fructifiez ! Mettez les enseignements de Jésus en pratique au fil des circonstances et des événements de votre existence passagère : vous connaîtrez les épreuves et les luttes du Christ lui-même, et c’est ainsi que vous découvrirez sa vie en vous devenant la vôtre.

Réjouissons-nous, frères ! Nous sommes les porteurs de la vie du monde, nous le menons à sa réussite en dépit du Mauvais. Nous marchons à la suite de Jésus pour tous les habitants de la terre, pour les chrétiens empêchés de l’être et pour les hommes bafoués dans leur humanité, pour les vieillards mourant désespérés et pour les enfants qui ne sont pas nés, afin que tous connaissent le jour qui n’aura pas de fin.

Alors on verra bien que le monde marchait vers Dieu.

Et tous verront que nous sommes ses enfants.

Alors on verra Dieu.